Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

I have a dream..

Mardi 26 Aout 10H00 : François Hollande décidait que l’heure était grave et se mit à regarder les statistiques de la précarité dans notre pays, tout en lisant les résultats des derniers scrutins des élections municipales et européennes villes par villes, bureaux par bureaux… Il est l’heure de renverser la table..

Mardi 26 Aout 11H00 : le président convoque une réunion extraordinaire à l’Élysée avec de nombreuses personnalités de gauche qui se succèdent.

Mardi 26 Aout 13H00 : Conférence de presse où le patron de l’Élysée annonce une union impérative des forces de gauche pour répondre d’urgence à trop de souffrances de nos compatriotes et à la montée de la haine dans le pays. Il annonce une quinzaine de mesures rapides, emblématiques, peu coûteuses à destination des milieux les plus précarisés et des classes moyennes. Le pacte de responsabilité est maintenu mais assoupli et à destination prioritaires des TPE et PME avec un renforcement des engagements sur l’emploi, l’écologie, le mieux disant social. Il se rendra à un JT du soir pour expliquer la méthode au niveau européen afin que l’Europe ne soit plus le seul continent au monde à continuer la politique de l’austérité.

Mardi 26 Aout 14H00 : Une fois la méthode mise en place, le superflu jeu d’égo passe après et celui des compétences passe avant ; le jeu des courants après, celui de la gauche forte et unie avant. Un casting qui va de Manuel à Clémentine, en passant par Martine, Eva, Pierre, Najat, Ségolène, Michel, Stéphane et les autres..

Mardi 26 Aout 19H45 : Le chef de l’état explique au journal télévisé… d’ARTE…. qu’il recevra demain Matteo Renzi afin de travailler sur un accord avec le premier ministre espagnol et portugais sur la fin de l’austérité avec la croissance et le pouvoir d’achat. Ils se rendront ensuite tout deux et avec tous les chefs d’états Européens qui le souhaitent à Athènes pour une conférence exceptionnelle Vendredi 29 Aout pour rencontrer Monsieur Samaras et annoncer une nouvelle aspiration Européenne, avec Madame Merkel qui est priée de se joindre à la majorité Européenne ainsi mise en place..

Mardi 26 Aout 20H44 : Les ministres en charge de la question annoncent collectivement la première mesure gouvernementale, à savoir la volonté d’un nouveau travail sur la carte des régions, avec pris en exemple la nécessaire réunification de la Bretagne.

Mardi 26 Aout 23H50 : ITV, BFM, LCI, LCP L’Express, Le Point, Le Figaro, Le monde, Libération, les échos et Radio Classique ont collectivement commandé un sondage à BVA, IPSOS, LH2, CSA, Opinion Way, IFOP ; TNS Soffres Harris Interactive, VIA VOICE où en quelques heures la cote de popularité de Monsieur Hollande est passée de 17% à 71%. Chiffre correspondant au pourcentage de Français ayant retrouvé confiance en leurs élus.

Mercredi 27 Aout 07H25 : Je me réveille… j’ai fait un rêve.. Aussi incohérent que peut être un rêve, comme chacun sait…

J’allume France Inter.. Ha oui, là, c’est sur.. J’ai fait un rêve..

La France a peur…

Afin de prolonger la séquence estivale introspective, j’ai eu le plaisir mais aussi la douleur de regarder « poison d’Avril », film malheureusement plus documentaire que fiction.. Le plaisir, car ce long métrage est d’un rare courage cinématographique, mais aussi la douleur, car il est d’un réalisme glaçant.

Les médias cathodiques et autres JT d’infos en prennent pour leur grade et c’est réjouissant. Y compris en revenant sur la période qui a précédé l’élection présidentielle de 2002, un véritable cas d’école.. La ligne éditoriale est alors claire, c’est la surenchère permanente de la stratégie de la peur.. Entretenir le sentiment d’insécurité devient l’unique objectif. La ménagère ne décolle plus de son canapé.. Le pouvoir est content, Bouygues aussi, c’est parfait.. Guy Bedos parlait en ce qui concerne le générique du JT de TF1 de « la musique qui fait peur à des millions de Français ». L’angoisse saisit tellement le téléspectateur qu’il n’ose plus le moindre mouvement..

 
A ce jeu de massacre quotidien, Sans être un théoricien du complot adepte des pensées «conspirationistes», tout semble bon, c’est le culte du fait divers amplifié et déformé avec un cynisme qui se déguise à peine.. Seul le détail, la surface comptent, surtout ne creusons pas, ne prenons pas le risque de dire la vérité, elle nécessite plus de travail que l’entretien permanent de toutes les formes de névrose. L’image brute, doit tout dire, car elle est sacro-sainte, incontestable, tant elle demeure dans les âmes et les cœurs. C’est pile là maintenant que le conditionnement peut s’entamer, car même mensongère, détournée, sortie de son contexte, et sans aucune valeur car sans aucune explication, l’image devient reine, hante les esprits et nie la pensée. C’est sans doute cela « le temps de cerveau disponible » dont parlait un fossoyeur des temps modernes de la pensée..

 
L’affaire Paul VOISE en est une terrifiante illustration. Rappelez vous ce brave Monsieur âgé au visage tuméfié, agressé deux jours avant la présidentielle de 2002. Dans la journée du Samedi précédant le 21 Avril, alors que l’information politique est proscrite, pour la journée dite « de réflexion », les médias ont leur bouquet final.. Le reportage sur papy Voise sera vu 19 fois sur LCI ce fameux Samedi. C’est aussi la stratégie de l’étouffement. Cette lessiveuse est définitivement implacable.
Pour « info », pour « charges insuffisantes », les agresseurs potentiels ont bénéficié d’un non lieu et Monsieur Voise n’était pas uniquement une brave victime immaculée. Étonnement, les principales chaînes d’information n’ont jamais évoqué cet épilogue.. ni 1 fois, ni 19 fois..

 
Avant le premier tour, Pasqua retirera sa candidature sous des motifs fallacieux, ne captant pas l’électorat hautement insécurisé et donnant l’autoroute que l’on sait à l’extrême droite française. Ajoutez-y le conditionnement anxiogène, au moment de glisser son bulletin dans l’urne le 21 Avril 2002… Lionel Jospin écarté, Jacques Chirac restera président … et … n’ira pas saluer les juges le Lundi 06 Mai 2002… C’était en France, dans notre siècle..

 
Étonnant que « poison d’Avril » n’ai jamais été diffusé par une des deux grandes chaînes.. ni « le cauchemar de Darwin » ou « pas vu, pas pris » ou de nombreux autres. Pourtant enrichissants documentaires. Au lieu d’élever, ces médias enlaidissent les consciences et semblent vouloir asservir leur public, attendu qu’eux mêmes sont inféodés à des puissances et enjeux qui s’éloignent considérablement des missions d’information et de création d’une conscience citoyenne collective. Ils habituent à l’inverse à la facilité et semblent vouloir mener à bien une entreprise universelle de lobotomisation de masse.

 
Ne pas regarder ces messes cathodiques est salutaire pour les neurones.. La presse écrite, la radio (certaines en particulier), internet, les lectures, les sorties, les discussions donnent d’autres accès.

 
Morceau choisi de poison d’Avril : un journaliste à un autre :
«C’est formidable, le groupe va créer une chaîne avec la météo 24H/24.. ».
Réponse : « ça existe déjà, ça s’appelle une fenêtre ».

La France a peur, à voir sans modération ici

 

 

Promeneur sur un champ de mines…

Après Jaurès, sans comparaison exagérée, se plonger dans le « glorieux passé » plus proche de nous encore, face à la médiocrité ambiante.. Pas qu’un refuge, une facilité ou un aveuglément, mais un essor, un élan, une perspective. L’été est propice à la détente et au décrochage mais aussi à l’introspection..

Donc hier soir, comme si les forces d’un esprit bien particulier m’avaient transmis une incompressible envie de regarder « le promeneur du champ de mars« .. La fin de vie de tonton dans une torpeur qui ne plaira pas aux non cinéphiles mais qui décrit avec une justesse saisissante la complexité, la duplicité de Mitterrand, entre cynisme et cruauté d’une part et affection et tendresse d’autre part. Mitterrand avait dit à Elkabbach que la meilleure des qualités pour être président était l’indifférence, ce qui résume bien le personnage.

Son amour pour la littérature, la politique, les femmes.. Avec le sens du verbe qui s’exacerbe face à la proximité irrémédiable de la venue de la grande faucheuse.. On aime ou pas, mais l’homme d’état est là, et Guediguian sait à merveille sublimer cette stature..

A ce sujet, avoir hâte d’entendre Mitterrand dire « après moi, il n’y aura plus que des financiers ».. Il n’avait non seulement pas tort, mais il aurait pu ajouter « et en plus des mauvais.. »

On peut l’entendre à un moment marteler une affirmation prémonitoire, dont on devrait au plus vite se faire un dogme : « Une victoire à gauche, n’est possible qu’à une seule condition. Ne jamais oublier que notre famille, ce sont les ouvriers, les salariés, les gens qui peinent »

Toujours dans le film, dans ses derniers mois de règne de monarque, il cite Duras à propos des crimes contre l’humanité des nazis. Évoquer ce sujet avec sérénité, comme s’il avait besoin de s’en justifier en permanence. Il se réfère souvent à De Gaulle, qu’il a affronté mais avec qui il a aussi gouverné, comme si le blanc seing était alors une évidence. Mais aucun homme n’échappe à ses luttes internes, même s’il pense être au dessus du lot. Même De Gaulle, plus tard ne fut pas un amoureux de la liberté à tout crin..

Dans ce paradoxe existentiel, cette plaie non cicatrisée, cette contradiction non assumée, Mitterand cite donc un texte de Duras dans « la douleur ». Au moment du film où il décide de reprendre cet extrait, il est alors près de la fin, il joue donc sur son propre état de santé, et comme prisonnier d’une enveloppe qui doucement se referme, voilà l’extrait qu’il choisi de citer dans sa double ambiguïté sur ce qu’il est devenu et ce qu’il se défend d’avoir été :

« Il devait peser entre 37 et 38 kilos. L’os, la peau, le foie, les intestins, la cervelle, le poumon, tout compris.. On le posait sur le seau hygiénique, sur le bord duquel on déposait un petit coussin. La peau était à vif. Il faisait d’un seul coup, dans un glou glou énorme, inattendu, démesuré. Le cœur lui continuait à remplir son contenu, et la tête hagarde, mais sublime, elle sortait de ce charnier.. »

Je retiens du « promeneur du champ de mars », avec au passage un Michel Bouquet au sommet de son art, la stature de l’homme d’état et la fascination dont il induit l’exercice chez l’autre, ainsi que la mise en exergue de ses ambiguïtés qu’il refusera d’affronter, par peur, par honte, par orgueil, ou pour un peu tout cela en même temps..

Au gré de quelques recherches, une « perle » cathodique, avec la venue de Mitterrand à Quimper. Je pense que quelques illustres camarades devaient être dans les parages. En cliquant ici : Mitterrand à Quimper.