Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

En ordre de marche..

Hier, mon propos aux vœux de la section PS de Quimper :

« Plus rien ne sera comme avant le 07 Janvier.. Jean Jacques, tu as dis lors de tes vœux à propos du Dimanche 11 Janvier qui a suivi : « nous étions tous dans la rue comme une évidence, parce qu’il était tout simplement impossible d’être ailleurs, d’être autrement que rassemblés. Nous y étions tous parce qu’il est des circonstances où l’unité nationale n’est pas un slogan mais une exigence et une réalité presque physique. Une ville, ses habitants, rassurés d’être aussi nombreux, secoués encore de larmes et de colère mais unis dans la dignité. »

Le 07 et le 11 Janvier, emblèmes de nos drames et de nos espoirs. Qu’avons-nous collectivement raté pour en arriver là et qu’allons-nous faire de cet élan si spontané et généreux qui a suivi.. Je crois qu’il ne faut pas hésiter à se servir de tout ce qui nous est familier et agréable, de tremper son stylo dans l’acier et de faire vivre au quotidien ce qui fonde notre pacte républicain et ce qui fait société collective, à savoir la laïcité, la liberté et la solidarité.

La solidarité, nous l’avons au cœur, et elle sera précisément au cœur des semaines à venir, car nous avons l’impérieux devoir, non pas de la défendre, mais de la porter haut, notamment au travers les missions essentielles du Conseil Général.

Depuis 1998, l’action départementale est tournée vers la solidarité entre les citoyens et entre les territoires, à travers tant de réalisations concrètes, qui font vivre cette valeur en proximité immédiate des finistériens.

Car nous sommes de ces extra-terrestres qui pensons qu’il est un devoir moral de promouvoir les politiques d’accompagnement des personnes âgées, des personnes en situation de handicap, de la jeunesse, de l’enfance et de toutes celles et ceux qui en ont besoin à moment donné, pour des raisons d’accidents de la vie, qui peuvent impacter n’importe lequel d’entre nous demain.

Alors, vous me direz, qu’est ce qui nous différencie de nos adversaires. Je vais vous dire… tout… En ces temps d’union républicaine, les exigences éphémères et artificielles de la communication me pousseraient à ne pas vous dire que nous sommes très inquiets si demain la droite arrivait à la tête de notre département. Mais la sincérité de notre engagement et l’authenticité de notre démarche me poussent à vous dire que nous devons être plus que jamais mobilisés.

Pourquoi ? Car l’essence même de nos ADN de gauche est ici en jeu.. Les valeurs du département sont notre passion, notre cœur de métier, et nous devons être les gardiens de ce temple.

Au delà de la libre appréciation de chacun sur tous les sujets, demandez à la chef de file de la droite départementale sa conception de ce qui fait famille… Je l’ai entendue, dans notre ville, dans quelques manifestations, bien moins glorieuses que nos récents rassemblements insulter tout ce qui ne serait pas issue d’un modèle familial séculaire et ne s’appuyant pas sur la laïcité pour fonder son argumentation. « Un père, une mère, c’est élémentaire » criait elle dos à la mairie et face à la cathédrale… C’est une insulte à toutes ces familles, notamment monoparentales, qui pour certaines d’entre elles ont besoin de l’accompagnement du Conseil Général. Que se passera-t-il pour ce public, que se passera-t-il pour les services, et que se passera-t-il pour le service public avec de telles orientations..

J’ai aussi entendu récemment de la part de cette famille politique que « depuis le temps que l’on fait du social et que ça marche pas »… Je pense alors à tous ces bénévoles, salariés, agents, qui très souvent dans l’ombre, à l’abri des regards, gèrent la détresse humaine que l’on ne saurait voir.. Je pense à tous ceux qui assurent la paix sociale..

Reprenons cette idéologie « depuis le temps que l’on fait du social, ça marche pas »… Allons jusqu’au bout, arrêtons ces politiques d’accompagnement, mais là, c’est la paix sociale que l’on se reprend en pleine figure..

Le plus important nous a rassemblés le 11 janvier dernier, et nous rassemblera encore à chaque fois qu’il en sera nécessaire, mais il y a aussi ce qui nous divise, et pourquoi le taire.. Nous croyons à la force du service public, et surtout, surtout, nous ne tomberons pas dans le piège grossier, caricatural et simpliste d’opposer l’économie et le social

UN exemple pour l’illustrer… Savez-vous ce qu’est un contrat jeune majeur… C’est un dispositif qui permet d’accompagner un jeune qui pour X raisons à entre 18 et 21 ans a besoin de soutien, car il est en difficulté. La mission du département sera en le prenant en compte dans sa globalité et sa singularité d’en faire un acteur social et économique, d’en faire un contribuable plutôt que quelqu’un qui dépend de l’impôt.. Et bien le conseil général du Finistère accompagne à ce jour des centaines de contrats jeunes majeurs. C’est aussi comme cela que l’on renforce notre économie.. Tout est lié, rien n’est à séparer..

Et c’est UN exemple, parmi tant d’autres dispositifs.. Et bien c’est ce modèle de vivre ensemble que je vous invite à défendre, car nous avons cette passionnante ambition, non pas pour nous-mêmes, cette ardente obligation, cette fois ci envers nous-même de préserver nos valeurs.

Ainsi, face aux visions caricaturales, voyez l’importance du modèle de civilisation que nous avons à défendre. Et la seule façon de faire face, de promouvoir nos valeurs et notre identité est bien de battre la campagne, de faire du porte à porte, de rencontrer les citoyens, de coller des affiches tous les jours s’il le faut sur les 8 semaines à venir. Quelle chance nous avons de pouvoir porter si haut ces valeurs.. Saisissions là maintenant, car évidemment il sera trop tard ensuite.. La politique c’est l’autre.. Profitons de cette campagne pour faire de la pédagogie citoyenne, sincèrement . Ne soyons pas politiciens, faisons de la politique..

Les victoires en politique sont toujours collectives, personne ne peut s’en glorifier seul. Les défaites le sont aussi et personne ne peut s’y soustraire.. Si nous ne faisons pas campagne avec ardeur, courage et obstination, et donc sans vous.. Je vous le dis.. Nous perdrons… Mais ce n’est pas Isabelle, Armelle, Janik, Laurence, Stéphane, Thierry, Roger et Jean-Marc qui perdront, c’est un peu de nous-même que l’on perdra..

Thomas Paine disait : « Plus difficile est la lutte, plus glorieux est le triomphe. Ce que nous recueillons trop facilement ne recueille pas notre considération. »

Nous sommes prêts, et comme hier tout comme demain, maintenant c’est avec vous.. »

Les choix du vivre ensemble..

Hier soir, Un débat citoyen sur les financements aux associations a mis en lumière des conceptions de notre vivre ensemble très diverses. Le débat n’a en revanche pas mis en lumière ni le niveau des baisses pour le secteur associatif, ni la méthode employée. Les éclairages viendront bien entendu dans quelques semaines.

Mais l’adjoint à la culture a évoqué des baisses de subventions de l’ordre de 40% tout en reconnaissant qu’il s’agissait de choix politiques. En effet, la baisse des dotations de l’état ne justifie pas à elle seule de telles orientations et la mécanique mathématique n’oblige aucunement la ville à baisser si drastiquement certaines subventions. Simplement, il y a ici une double orientation à la fois stratégique et politique.

Stratégique, car la majorité municipale veut essayer de faire passer la douloureuse le plus rapidement possible.

Politique, car une idéologie sous-tend cette orientation. Tout d’abord en sacrifiant progressivement certaines structures culturelles et aussi car la majorité municipale estime que d’autres forme de financement existent pour le secteur associatif. Car faut-il rappeler que le financement aux associations représente un peu plus de 10% du budget municipal. C’est donc un choix éminemment politique de s’attaquer plus particulièrement à cette ligne budgétaire.

Mais c’est ne pas tenir compte du fait que de nombreuses associations assurent une vraie mission d’utilité publique, et se substituent au pouvoir politique pour créer du lien social et pour faire société. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que très souvent, dans l’histoire de notre pays, les politiques n’inventent rien.. Ils mettent en application les demandes et revendications des associations, des syndicats, des groupes citoyens, au plus près des populations. Même si je crois en la créativité du politique, mais il faut pour cela renouveler les pratiques, pour ne pas réduire le pouvoir politique à celui d’une vache à lait.

Certains élus de la majorité hier semblaient considérer que le mécénat pouvait prendre le relais des subventions publiques.. Fausse bonne idée qui plus est, tout sauf nouvelle.. Plus d’argent public, alors passons au privé.. Ces élus sont donc prêts à brader la création artistique et sportive à des conseils d’administration de groupes qui avant l’intérêt général fonctionnent surtout pour leur intérêt propre.. C’est une véritable capitalisation de la créativité.. Sans doute pas si étonnant de la part de celles et ceux qui « veulent donner des consignes »..

Le mécénat peut fonctionner à la marge, et c’est d’ailleurs très important, comme ça se fait couramment, grâce aux fondations pour le caritatif par exemple. Mais là encore, quels sont les critères poussant à choisir telle ou telle association. La limite est là. La politique n’est pas qu’une affaire d’argent et de budget, mais de choix idéologique et de conception d’une société.

J’ai aussi entendu une ritournelle à la mode, mais glaçante.. « Pour le social, on en fait plus depuis des années, mais la preuve : ça marche pas ». Une telle formule me fait penser à l’article de Médiapart « salops de pauvres ».. qui démontre bien que la perception d’une majorité de Français-e-s pour celles et ceux qui touchent les minimas sociaux est majoritairement négative, ce qui est inédit pour ce type d’études. Le fameux voisin de palier feignant qui ne vit que des subsides de l’état.. C’est l’emblème de la bataille culturelle perdue par la gauche depuis 20 ans au moins..

Comme si empêcher ce voisin de survivre améliorerait les conditions de vie des autres.. Augmenter la différence entre le revenu médian de l’allocataire des minimas sociaux et celui du travailleur pauvre, oui c’est une urgence, mais par le haut, pas autrement.

Enfin, j’invite volontiers l’adjoint en question qui a assené cette contre vérité à venir passer une semaine avec celles et ceux, salariés, fonctionnaires, bénévoles qui lui assurent la paix sociale à peu de frais.. Car si on poursuit une logique comptable sur les politiques de solidarité, autant aller jusqu’au bout, en supprimant l’ensemble de ces politiques d’accompagnement.. Et il se reprendra en pleine figure la fin de la paix sociale assurée par les acteurs du quotidien, qui auprès des populations en souffrance prennent en charge ce que l’on ne saurait voir ou que l’on préfère ignorer..

Il est clair que le contexte impose des choix parfois douloureux, il faut avoir la responsabilité de le reconnaître. Mais c’est aussi et surtout une affaire de conception de notre vivre ensemble et des liens qui nous unissent. A l’image de l’état d’esprit du 11 Janvier dernier, continuons surtout à faire vivre la solidarité partout, tout le temps..

 

Ca commence mal…

Drôle de monde..

Première désolation :

La une du Charlie de Mercredi est un message de paix, elle est on ne peut plus intelligente dans la séquence actuelle, et des extrémistes de tout poil, terroristes de la pensée, trouvent encore le moyen de la contester..

La liberté d’expression et la liberté d’opinion sont non seulement des droits mais des devoirs, pour toute cité qui se veut lettrée et progressiste, qui revendique une histoire et qui veut construire un avenir. Cette liberté n’a qu’une seule frontière, c’est celle de l’appel à la haine, qu’il soit contre un seul individu ou contre un groupe tout entier. Puisque intrinsèquement ce genre d’appel a pour visée de nuire à la liberté. Cette liberté prendra toujours l’ascendant sur n’importe quel règle édictée aussi bien à propos d’un prophète que de quiconque..  Car cette règle édictée est celle de certain-e-s, qui ont le droit de la faire leur, mais pas de l’imposer à tous les autres. A partir de là, la liberté est sacralisée ou si ce n’est pas le cas, on raye d’un trait les luttes ancestrales, incessantes et ensanglantées de celles et ceux qui nous permettent aujourd’hui d’être libres.

Charlie Hebdo n’appelle à aucune haine et ne sous-tend derrière sa parution aucune idéologie mais fait plutôt résonner aux frontons de nos édifices républicains le mot « laïcité ». Le droit de croire ou pas, et surtout la non-participation d’aucun dogme religieux à la construction de nos lois et de nos codes. Ce qui induit de fait le droit de caricaturer ou pas le fait religieux, tant que cette caricature n’appelle pas à la haine. Leur façon d’être irrévérencieux, d’être subversifs peut déplaire, peut choquer, mais n’appelle aucunement à la haine.

Deuxième désolation :

Même Charlie a été récupéré par le système bien malgré lui.. Depuis mercredi « avoir son Charlie » est devenu une sorte de guerre de tranchée. Je fais partie de ceux qui ont le précieux sésame.. Mais de là à jouer du poing pour « être dans le coup ».. J’ai vu et entendu autour de moi des témoignages édifiants et consternants de comportements consuméristes à outrance pour le simple fait d’acheter Charlie.. Phénomène jetable de mode d’un jour.. Demain ça sera quoi…

Par ailleurs, je m’esclaffe intérieurement quand j’imagine certain-e-s assoiffé-e-s de la consommation à tout crin pas peu fiers de brandir tel un trophée le précieux manuscrit et au moment de l’ouvrir, découvrir un humour grinçant, souvent sexualisé, parfois même scato.. Et de le refermer discrètement, rouges et incrédules…

Tout ne me fait pas rire dans Charlie, évidemment. Mais il me semble que l’esprit qui anime ce canard n’est pas fait pour le mercantilisme et doit absolument échapper aux codes du capitalisme..

Rattrapés par ce que nous sommes devenus, ici ou ailleurs, le « juste après » commence mal…

Des milliers de Charlie à Quimper..

charlie quimper

Formidable affluence aujourd’hui à Quimper à l’appel de la LDH et de la presse locale. Toute la semaine, malgré nos esprits parfois en bouillie, nous avons senti collectivement l’envie et le besoin de se rassembler, de se rencontrer, bref d’être ensemble.

En forme d’apothéose, nous étions ce dimanche 20 ou 30 000 citoyens Charlie à fouler le pavé quimpérois en cette belle journée de liberté, qui restera gravée dans nos âmes et nos cœurs.

Tant d’images qui resteront ancrées dans nos mémoires avec une foule à la fois émue, digne et déterminée. Je conserve particulièrement les chants initiés hier et aujourd’hui par notre ami Bernard Kallon, qui a galvanisé les milliers d’esprits libres réunis.

L’inquiétude qui me semble prédominer est bien sur la suite.. La préservation des valeurs républicaines était notre seule réponse collective possible. Ce fut une réussite incontestable.

Mais quand même.. Les assassins de nos frères d’armes venaient de nos quartiers et ont, comble de nous-même, conforté leur folle et fausse idéologie dans nos prisons, qui sont donc pleines mais vides de sens.
Trop longtemps, les yeux ont été fermés sur nos propres errances et sur des dysfonctionnements qui en notre sein ont généré le pire. Pourtant, depuis le drame, nos diversités se sont fondues dans une masse solidaire qui donne un formidable espoir. Il est la base de ce qui doit fonder notre futur pacte républicain, à travers une grande réconciliation nationale. Il va falloir tendre la main, mettre fin aux stigmatisations et avoir le courage de dire non à ce qui ébranle notre pacte républicain.

Aux responsables politiques nationaux et internationaux de mettre en pratique cette envie massive et ultra majoritaire de mieux vivre ensemble pour donner à nos enfants et à toutes les générations à venir un âge d’or de liberté et de tolérance.
Pour commencer, et face à l’impasse idéologique des prédicateurs de la haine, dans l’ensemble de nos cités, des noms d’avenue peuvent être donnés à Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, Ahmed Merabet, Elsa Cayat, Bernard Maris, Honoré, Tignous, Charb, Wolinski, Cabu, Clarissa Jean-Philippe, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada, Philippe Braham..

« Dans toutes les larmes, s’attarde un espoir ». Simone De Beauvoir..

NOUS SOMMES TOUS CHARLIE..

Envie de pleurer, de crier, de se taire.. Avoir la rage.. Trouver tout autre chose insignifiant.. En tout cas hier, nous avons tous pris un immeuble de 12 étages sur la figure..

L’ennemi de ces meurtriers est notre temple : la liberté. Ils ont froidement assassiné ses meilleurs représentants au travers de nos amis, nos camarades et nos frères d’armes au crayon trempé dans l’acier qu’étaient ces irrévérencieux stimulateurs de notre pensée et ceux qui les protégeaient.

Alors oui, nous sommes tous Charlie. Il y a quelques années Noir Désir en faisait la supplique : « Charlie, défends moi ». Nous aurions tant voulu pouvoir les défendre hier..

Il pleut à l’écriture de ces lignes, comment peut-il en être autrement.. J’entends la voix en sanglots de la directrice de France Inter..

Ce n’était donc pas un cauchemar.. Nos 12 héros sont tombés sous les balles hier.

Face à cette effroyable tragédie, il y a deux devoirs qui s’imposent à nous.

Le premier à l’adresse des pouvoirs publics. Oui, il fallait déclarer une journée de deuil national. Mais surtout, il va falloir comprendre au plus vite les ressorts psychologiques, sociologiques, politiques et religieux qui expliquent que des hommes deviennent à ce point des barbares. Ils ont attendu le comité de rédaction pour être sur d’en dégommer le plus possible.. La barbarie est d’autant plus ignoble quand elle est à ce point froide et organisée..

Le deuxième s’impose à tous les citoyens, c’est celui du rassemblement, de l’intelligence collective, au-delà du dérisoire qui nous sépare, en refusant l’amalgame et en dénonçant cet islam de la honte qui en fait n’existe pas. C’est notre seule victoire possible. Hier soir à Quimper, dans ce spontané rassemblement, il fut si dur de se séparer, tant nous avions tous besoin d’être ensemble, solidaires, face à l’indescriptible.

Lundi, je citais Cabu.. Aujourd’hui, comment ne pas finir sur les mots de Charb : « c’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux ».

Sur Quimper, rassemblons-nous à nouveau place saint Corentin tout à l’heure à 11H30.

FAIRE de la politique..

Depuis de nombreux mois, j’entends de plus en plus : « moi, je fais pas de politique ». Y compris dans la bouche d’élus locaux, qui se persuadent en se donnant bonne conscience de ne pas faire partie de ce gang des pestiférés, coupable de tous les maux.

C’est quelque peu facile, pour ne pas dire un tantinet lâche de se désolidariser d’un statut qui est tant jeté en pâture aujourd’hui. Agir ainsi contribue d’ailleurs pleinement à cette haine féroce. Comme si « ne pas faire de politique » donnait immédiatement un blanc-seing et un passeport de respectabilité au-dessus de tout soupçon.

Consciemment, c’est surtout une défausse sémantique simpliste, car au sens étymologique du terme, participer à une action politique revient à participer à l’organisation de la société. Rien d’infamant donc.  Ne pas être politicien, ça c’est autre chose.

Tant que notre société fonctionnera ainsi, il faudra toujours des femmes et des hommes qui s’engagent. Un jour, peut-être, nous changerons de cadre, mais pour le moment dans une société si fragilisée, tenir le comportement décrit ci-dessus ne sert qu’à inutilement souffler sur les braises. Même s’il serait mensonger de nier que parfois, l’appartenance à une organisation politique peut participer à une absence de liberté ou comme le dessinait Cabu : « un homme de parti est une partie d’hommes ».

Pour autant, le meilleur changement de cadre possible me semble devoir s’incarner par le renouvellement, le rajeunissement et donc le renouveau dans les pratiques ; plus particulièrement au niveau local, afin de renouer cette confiance entre citoyens et élus. Les citoyens doivent savoir qu’ils peuvent devenir élus, et les élus ne pas oublier qu’ils sont des citoyens. Cette déhiérarchisation doit être la donne pour ne pas que les élus ne touchent plus terre mais pour que précisément ils soient des élus citoyens, car des citoyens élus.

Le minimum pour un-e- élu-e- doit être de se battre pour ses dossier, alors que certain-e-s d’entre eux ne donnent leur maximum que pour être ré-élu-e-s.. C’est aussi ce qui contribue au légitime ras le bol civique de nombre de citoyens. Alors, que quand on se bat pour son dossier, tout simplement : … il avance et l’on obtient des résultats, et c’est donc là que l’on « fait de la politique », vu que l’on contribue à l’organisation de la société. Il y a ceux qui siègent et il y a ceux qui se lèvent.. « Choisis ton camp camarade », comme aurait aimé Robert De Jouvenel qui nous disait : « Un sénateur, c’est un député qui s’obstine ».

La haine du politique permet aussi à certains fossoyeurs d’occuper les têtes de gondoles, comme Eric Zemmour, sorte de caution intellectuelle de la bêtise contemporaine haineuse et hideuse, basée sur le rejet de la différence et donc le culte du soi, du lecteur, meilleur que les autres et bien sur irréprochable.. On lit Zemmour comme l’on va à Confesse, se débarrassant de ses propres démons, à la différence qu’avec ce « penseur de la haine », on  pense que seuls les autres sont les fautifs, c’est se mentir à soi-même mais tellement flatteur.

En 2015, j’assume, je ferai de la politique, mais uniquement celle que j’aime, celle qui fait grandir, celle qui émancipe et surtout celle qui est concrète et au service quotidien de celles et ceux à qui l’on demande des suffrages. C’est un juste retour des choses, une leçon d’humilité permanente et surtout un devoir absolu qui permet d’apporter son modeste caillou à l’édifice.