Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

Ils meurent…

La rentrée se fera donc sous le signe de l’ignoble.. Comment ne pas souligner la légèreté et l’inconsistance de  nos turpitudes partisanes politiciennes face aux photos des enfants « migrants » qui crèvent littéralement la gueule ouverte sur nos côtes.. C’est un échec collectif d’un modèle de déshumanité.. Ces enfants sont très certainement dangereux, ils viendront « piquer nos pains au chocolat », ils sont « une fuite d’eau ».. Pour ma part, je plaide pour la réparation de l’évier et le partage du pain (comme dirait l’autre). Mais c’est sans doute ça être un affreux gauchiste laxiste. Je me dis juste que je souhaiterai que mon enfant grandisse dans un pays où il n’a pas honte de décliner à l’extérieur sa nationalité.
A propos de notre rentrée politique de ce week-end, je dirai « vive la république et vite la rhétorique ».. L’art du verbe ne prend sens que uniquement conjugué à l’art de l’action, moins médiatisé mais tellement plus essentiel.. Face à une gauche timorée, il nous faut des icônes.. Mais ne nous pâmons pas de bons mots, sans les actes qui suivent.. Sinon nous créons un social libéralisme de salon bien-pensant égalitariste qui nous fait oublier notre passé originel révolutionnaire.. Finalement, à cet effet, à grand coup d’un lyrisme certes séduisant, mais parfois redondant.. Christiane Taubira est le révélateur de nos schizophrénies et de nos impossibilités.
Je ne tomberai pas dans le facile piège démagogique de dire que pendant que nous nous parlons à nous-mêmes à La Rochelle, nous n’agissons pas concrètement sur les misères d’un monde bien malade. Car nos grandes messes partisanes servent aussi à nous rassembler pour réfléchir collectivement afin de se doter de logiciels idéologiques pour précisément une fois rentrés, agir..
Mais à l’heure où à l’Est, un dictateur érige un mur de la honte, dans un glaçant parallèle historique, en cette rentrée, nos stations balnéaires vont retrouver leur taux habituel d’occupation, soit tout juste une bonne moitié de logements vides.. Je ne parle même pas de ces inoccupations dans la capitale de notre pays des droits de l’homme.. Je repense à ces êtres humains qui meurent sur nos terres et dans nos mers.. Comment ne pas se dire que notre système est à l’agonie et que nos contradictions sont morbides.. Et reprendre une citation de Jaubert : « l’égalité entre les hommes est une seule règle qui ne compte que des exceptions »

Ca donne le ton…

Début de rentrée déjà agitée pour la majorité municipale Quimpéroise. On découvre ainsi dans la presse aujourd’hui qu’un arrêt de bus route de Pont l’Abbé a été tout simplement… supprimé.. Et ce, sans aucune concertation..

L’art de la communication électorale vient ici se heurter à la réalité politique.. Aucune discussion préalable, aucune réunion avec les riverains concerné-e-s.. Des méthodes qui au-delà de contredire des promesses électorales enterrées démontrent que la façon de faire de la majorité municipale est gestionnaire, non politique et finalement très archaïque.

Cette situation est aussi une évidente conséquence de l’absence de vision politique en matière de déplacements collectifs. Il n’y a aucun plan d’ensemble mais des « mesurettes » à court terme, qui peuvent générer ce genre de situation faute de projection et de vision d’ensemble..

Au regard de la situation actuelle, une même réalité s’impose, celle qui conduit à associer la population de l’agglomération Quimpéroise à une stratégie collective pour nos déplacements. Il semble que l’on en est loin malheureusement..

Pas un cap… Encore moins une péninsule…

D’un point de vue purement idéologique, toujours un peu surpris de constater que les baisses d’impôts deviennent l’alpha et l’oméga des politiques économiques de gauche.. D’un point de vue plus pragmatique, attendons bien sûr de savoir de qui on parle et de combien

Car dans le même temps, autre choix a été fait, autre « cap » a été pris. En effet, à travers des crédits d’impôts et autres déductions, certaines entreprises récupèrent sur ce quinquennat quelques dizaines de milliards d’Euros, notamment …pour créer de l’emploi…  Force est de constater que les résultats se font attendre.. Un peu comme en écho avec la baisse de TVA de l’époque dans la restauration ; avec soi-disant à la clef une baisse des prix et/ou de l’embauche.. Au final, ni l’un ni l’autre.. Problème dans le choix des destinataires de ces mesures, ou manque de régulation, voire de contreparties posées clairement

Conséquences de ces deux choix, on saigne à blanc les dotations aux collectivités.. Sans doute conséquemment à la bataille culturelle perdue depuis longtemps par la gauche, laissant à penser que les fonctionnaires sont tous « des planqués » pour parler sans ambages…  Allez dire ça aux catégories C des collectivités, aux travailleurs sociaux et administratifs qui assurent la paix sociale, aux associations qui dépendent des subventions des collectivités et qui rendent des missions de service public essentielles dans les domaines de l’éducation populaire, de l’insertion, de la santé etc… sans parler de très nombreux agents qui au quotidien rendent des services à notre bien commun.

Appartenir à une organisation politique et soutenir un gouvernement n’empêche pas un regard critique et une liberté de ton. D’autant plus facile à affirmer que si demain les « LR » thatchériens à la Française arrivent aux responsabilités, je ne doute pas qu’ils baisseront les impôts.. Dormez braves gens.. Mais comme un cadeau a toujours un coût, le prix à payer sera un démantèlement inédit des services publics à tous niveaux qui coûtera bien plus cher à tous.. tant il deviendra presque impossible de se soigner, d’éduquer, d’être en sécurité etc..

Pour autant, et face aux difficultés qui nous attendent, consécutivement à des choix contestables, je pense de plus en plus à cette affirmation de Coluche.. « Les pauvres seront contents d’apprendre qu’ils habitent un pays de riche.. »

Lost In Translation, le triomphe de la vérité..

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Arté a eu la formidable idée de diffuser hier soir « Lost In translation », ainsi que « il était une fois Lost In Translation », sorte de genèse du film.. Ce documentaire met des mots sur la fascination que peut exercer le long métrage de Sofia Coppola.

Pour ma part, j’y vois un chef d’œuvre de lyrisme et de romantisme. C’est onirique et contemplatif à souhait. C’est un film glamour, gracieux et élégant, mais profondément révolutionnaire car il va à rebours des codes que l’on commençait à vivre au moment de sa sortie et que l’on vit pleinement aujourd’hui. En effet, la lenteur, la torpeur y sont pleinement assumés. Les plans fixes, les plans larges, la lumière, la musique lancinante en font un film qui milite pour une certaine conception de la vie. Ce film est un acte de militantisme car il dit la vérité en nous incitant à prendre le temps de regarder l’essentiel. Pour le dire mieux et autrement, avec les mots de Georges Orwell : « dire la vérité en ces temps de tromperie universelle est un acte révolutionnaire ».  Lost in translation est sophistiqué, soigné et complexe, qui a cette vertu essentielle et totale de dire non à la facilité, et même à l’inverse de la piétiner. Ce n’est donc pas un film, c’est le film.

A l’image de Charlotte qui se moque de l’actrice Hollywoodienne insipide et fade, amie de son mari, qui l’accuse de méchanceté.. Sauf que là encore, la facilité est foulée au pied et dans ce cas précis, la méchanceté de Charlotte est d’une délicieuse lucidité.

Film total car révolutionnaire, mais aussi film universel.. Impossible de ne pas être bousculés par cette bouleversante rencontre.. Sofia Coppola nous dit ici que ce qui compte, ce ne sont pas les regrets d’avoir fait ou pas quelque chose.. Ce qui compte, c’est cette inestimable chance de faire une de ces rencontres, qui vous retourne, vous fait parfois régresser, vous désinhibe, vous libère et finalement vous fait vivre.. C’est une rencontre totale… Ceux qui ne l’ont pas vécue n’ont pas vécu..

Charlotte et Bob sont deux somnambules perdus dans cet hôtel, dans ce pays, ils sont dans une bulle où le temps se fige.. Dans ce pays, dans cet hôtel, ils sont des millions mais sont pourtant seuls au monde. C’est ici que leur histoire est celle de l’univers, de l’humanité au premier jour, c’est ici que leur histoire est l’amour. Sauf qu’à nouveau, c’est le non-dit et la finesse qui serviront l’histoire. Quand ils sont allongés tous les deux, il lui prend le pied.. et pas la main.. L’interdit est là, et tout est suggéré, ce qui est bien plus fort, prenant et violent même qu’une facile étreinte trop attendue.

Le japon que nous montre Sofia est ici un japon qui n’est pas hollywoodien. Ce japon-là est Coppolesque et loin de tous les clichés traditionnels. Il s’agit ici de respect culturel et de plongeon dans une réalité. Comme pour Bob et Charlotte, c’est ce réalisme qui donne toute sa force au film. Ce réalisme qui fait dire à bon nombre dont je fais partie qu’il s’agit d’un infini chef d’œuvre et pour d’autres un pénible et trop long voyage.. Cette torpeur, pourtant, c’est la vie..

Les trois personnages principaux du film, Charlotte, Bob et le Japon sont empêtrés dans leur contradiction. Elle face à un mari trop pressé, qu’elle ne connaît finalement pas. Lui, dans un couple qui se connaît justement trop.. Drame de ceux qui ne se regardent plus.. Ce pays, où l’excès consumériste et la tradition séculaire se côtoient sans heurts.

Au final, Lost In Translation ne respecte pas les codes de son siècle, fondés sur le paraître, la surface des choses et la médiocrité omniprésente. Il raconte une histoire simple et bouleversante de vérité, qui n’est finalement qu’un morceau d’éternité.

Nadine et Nicolas sont dans un bateau.. Le bateau coule…

La mise en scène comme de tout temps avec cet ancien président de la république, est totale. Dans « valeurs actuelles », en bras de chemise, à son bureau, il écrit.. En mode subliminal : « même en vacances, je travaille ». Depuis l’avènement de la communication sur la politique, la forme a lamentablement pris le pas sur le fond, et précisément, le fond, ici on le touche..

Au regard des propos de N. Sarkozy, il fait vivre la malheureuse idée tendant à penser que ce qui compte, ce n’est pas la position sur un sujet, mais l’effet de la position sur l’électorat.

Sans aucune honte, il appelle les électeurs du front national à venir à la prochaine primaire de la feu UMP, donnant ainsi vie aux nouvelles orientations d’un parti politique, qui court sans arrêt après le parti d’extrême droite Française.. Seule bouée de secours de plomb pour l’ex chef de l’état, autant inconscient que désespéré.

En parallèle, Nadine Morano qui, juste pour faire parler de sa petite personne, dans le désert intellectuel qui est parfois le sien, tient des propos que de nombreux cadres du Front National n’oseraient pas. Faire plus que sous-entendre que les migrants qui viennent mourir sur nos côtes n’ont pas le courage des bons français que nous étions en 39-40… Est-ce de la pure bêtise, fruit d’un vide absolu de la pensée ou de la démagogie électoraliste poussée à son paroxysme ? Dans le cas de cette sombre personne, qui déshonore à elle seule tous les membres de son parti si mal nommé..  Sans doute beaucoup des deux.

Facile et éculé de faire peser à l’autre, à l’étranger en l’occurrence, le fait de venir manger le pain des français alors que la famille politique de Nicolas et Nadine a contribué à mettre le pays à genoux pendant 10 ans, en multipliant notamment les cadeaux fiscaux à coup de chèque en blanc à Bettencourt et aux amis du Fouquet’s.. Sous forme par ailleurs de retour de manivelle douteux..

Ces copains et coquins de la république peuvent hurler sur le montant de l’Aide Médicale d’Etat, alors qu’avec l’argent du contribuable, des sommes bien plus imposantes ont été consacrées à des sondages visant à savoir s’il était important que Carla soigne la gauche du président, en balade dans la verdure française, un pull sur les épaules..

Important de noter par ailleurs que N. Sarkozy n’a pas eu un mot dans cette interview sur le changement climatique et les enjeux d’avenir internationaux qui sont devant nous. Que des petites phrases politiciennes, où il évoque son sujet préféré, c’est-à-dire lui-même..

Il ne s’agit pas de caricaturer l’ensemble de la droite française, mais au regard des propos de l’un et de l’autre, sur le fond pour elle, sur la forme pour lui.. Force est de constater que la droite qui est majoritaire aujourd’hui sent la démagogie, l’outrance et la haine.. La rentrée sera malodorante de ce côté de l’échiquier politique, à n’en point douter..