Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

l’intercommunalité : une chance pour les communes.

S’il fallait, sur le contenu tirer un « bilan des bilans de mandat » réalisés récemment avec Isabelle, il est évident que de nombreuses observations sont relatives au manque de lisibilité, et de visibilité de l’organisation politique et administrative de nos territoires. En clair, le citoyen ne s’y retrouve pas face au labyrinthe institutionnel, entre Région, Département, pays, intercommunalités, villes etc…

Ce qui me donne l’occasion d’insister sur un rôle particulièrement clef du Conseil Départemental, après justement un an de recul dans mon exercice de mandat.

Car au-delà de son rôle d’acteur et d’organisateur en direct sur ses compétences propres, notamment dans le vaste champ des solidarités, le conseil départemental endosse une mission essentielle de fédération et d’incitation des politiques publiques de proximité.

Non ce n’est pas un langage technocratique barbare, car ce double rôle trouve sur le terrain des applications concrètes, au service de la population. A ce titre, je souhaite mettre l’accent sur la complémentarité évidente entre des prises de compétence au niveau intercommunal et le maintien d’une politique municipale de proximité. Elargir le spectre n’affaiblit pas les responsabilités locales, mais renforce à l’inverse le niveau de service public à l’usager.

Deux illustrations concrètes pour mieux comprendre :

Pour commencer, un exemple porteur. Avec la communauté de communes du Cap Sizun, nous travaillons étroitement à la mise en place d’une maison des services publics à Audierne.  Cette maison accueillerait sous son toit les services sociaux du département, de la communauté de communes, le Pôle Emploi, la CAF, des associations etc.. De nombreux partenaires qui travaillent parfois avec le même public, au sein d’un lieu unique, mutualisé et centralisateur qui simplifierait la vie du citoyen. Ce travail est possible car il existe dans ce territoire un interlocuteur politique sur la communauté de communes, traitant des questions de solidarité et une application opérationnelle sur le terrain, avec un dynamique Centre Intercommunale d’Action Sociale (CIAS). On constate donc que par une prise de compétence intercommunale, le service public est mieux rendu pour l’ensemble des habitant-e-s des communes concernées, car nous pouvons monter des projets utiles au territoire.

Deuxième exemple, nous travaillons avec la communauté de communes du pays bigouden sud sur un projet de coordination enfance jeunesse. Sans prise de compétence par la « comm comm » de la question de la jeunesse, le projet sera moins efficient. Car si politiquement, nous avons face à nous un interlocuteur, le travail mutualisé est possible, entre compétence et vision du territoire, qui devient de fait dynamique, porteur de sens, et avec la construction possible de projets qui servent l’ensemble. Mais sans cet interlocuteur, les services départementaux interviennent seulement « par communes », donc en fonction du dynamisme de celles-ci, ce qui par conséquent peut créer des inégalités sur le territoire. Nous œuvrons en permanence sur la recherche d’une égalité territoriale, à travers des projets collectifs, qui servent, en retombées à chaque commune. Ainsi, sans cette prise de compétence, le service public est bien sur rendu, mais de façon moins efficace et moins égalitaire.

Un dernier atout non négligeable à cette montée en puissance des intercommunalités : Sur le territoire Cornouaillais, des intercommunalités fortes sont la condition d’une Cornouaille forte, qui devient alors un pôle d’équilibre Finistérien, au regard de la force là aussi de la métropole Brestoise.

Des intercommunalités fortes n’enlèvent pas de prérogatives aux communes, mais elles renforcent l’accessibilité au service public. Sur notre bout de territoire, les atouts sont sous la forme d’une triptyque : simplifier la vie des gens, renforcer le service proximité, rendre la Cornouaille plus forte et influente.

Enfin, comment ne pas insister sur le rôle précieux et indispensable des élus locaux, notamment en ruralité. C’est de plus en plus comme un sacerdoce, tant les contraintes sont multiples. Il faut avoir un sacré sens de l’intérêt général, pour s’engager politiquement dans sa commune aujourd’hui. Hommage doit être rendu à ces élus locaux, plus particulièrement dans les petites communes qui sont d’abord et avant tout au service du développement local.

Bilan réunion publique.

Un vrai moment vivifiant hier soir en terme de démocratie participative lors de notre première réunion publique de bilan de mandat avec Isabelle Assih. Nous avons échangé avec force et détail sur les projets en cours, ceux à venir, et de la politique publique en général.

La première bonne surprise fut pour nous la participation citoyenne, avec une trentaine de Quimpéroises et Quimpérois venus pour échanger, dotée d’une réelle appétence au débat.

Nous avons entre autre débattu des nouveaux périmètres des compétences du département, en convenant que le calendrier posé par le législateur n’a pas eu pour effet de nous simplifier la tâche, en laissant peu de temps après les scrutins départementaux et régionaux pour travailler sur les transferts de compétence, avec pourtant des décisions clefs à prendre comme par exemple la question portuaire..

Le RSA dans sa dimension droits et devoirs a aussi suscité du débat où nous avons pu faire tomber certaines caricatures, entre la nécessaire humanité qui doit guider nos choix, mais aussi notre sens des responsabilités sur la gestion de l’argent public. L’idée étant de travailler sur la remobilisation, dans l’intérêt du bénéficiaire et dans celui de la collectivité.

Nous avons salué le travail des agents du département, sur des missions parfois méconnues, mais pourtant indispensables au maintien de missions essentielles de solidarité en proximité.

Un sujet, qui à mon sens est un enjeu prioritaire et d’avenir a occupé un espace important. Celui relatif à la démocratie participative. En effet, je suis convaincu que les politiques sont aujourd’hui.. détestés.. Pas personnellement bien sûr, mais pour ce qu’ils représentent.. Nous sommes un pays qui a tué ses rois.. Qui dit que dans 50 ans, le système des partis politiques sera toujours le modèle.. Pourtant, il existe aussi en la matière de nombreuses caricatures, avec un « politique bashing » permanent parfois un peu facile. Avec Isabelle, nous avons évoqué la réhabilitation de la notion d’engagement, y compris en politique, mais avec un besoin de rénovation en profondeur de nos fonctionnements.. A commencer très certainement par généraliser des réunions comme hier soir..

Enfin, des citoyens s’interrogeaient également sur notre fonctionnement en binôme après le scrutin. Si nous avons des personnalités différentes, et que nous investissons des dossiers qui ne sont pas forcément les mêmes, nous avons réaffirmé avec Isabelle notre parfaite entente, et notre détermination à continuer à fonctionner conjointement car élus sur le même territoire. J’en profite pour saluer le travail acharné de ma collègue binôme sur de nombreux dossiers avec un investissement  qui ne se voit pas toujours, mais pourtant si utile à la collectivité.

Rendez-vous Lundi à Ergué Armel pour un nouveau RDV citoyen s’annonçant passionnant également.

En marche… Arrière ??

«En marche », nouveau mouvement, qui génère une micro-révolution et un psychodrame dans le landerneau médiatico politique parisien.. Même si les ramifications locales seront bien sur évidentes..

Dans le clip promotionnel qui accompagne le projet, « En marche » repose donc sur je cite « des idées neuves« … OK… Sauf que le « ni de gauche ni de droite » revendiqué par M. Macron était déjà utilisé par…. Giscard…

Sauf que le « ni de gauche, ni de droite », veut surtout dire jamais à gauche.. Ou pour reprendre Mitterrand : « le centre, cette variété molle de la droite ».. ou mieux encore : « Si quelqu’un se revendique ni de droite, ni de gauche, c’est qu’il est ni de gauche, ni de gauche... »

Dans un permanent politique bashing, « dépasser les clivages partisan » est devenu malgré tout une assertion très dans l’air du temps mais finalement très lisse et politiquement correct, qui pourtant passerait contre toute attente pour une forme de modernité..

Ce dépassement des clivages partisans s’incarne très certainement sur certains projets à l’échelle local.. Mais plus on monte dans la prise de décisions.. Plus cette base idéologique devient infondée. Au contraire, on peut partir du postulat que le clivage partisan permet, en allant  jusqu’au bout d’un désaccord, d’étudier toutes les problématiques d’un sujet, pour aboutir à une décision assumée.

Mais en commençant tout de suite par l’incolore et l’inodore… le « ni de gauche, ni de droite » C’est l’immobilisme assuré… J’en reviens en effet à mon Giscard… qui fut l’emblème du non mouvement. La seul marche en avant fut celle de son départ à pied de l’Elysée, mais politiquement, ce mandat fut plutôt un détonnant.. surplace… Définitivement, rien de nouveau sous le soleil avec le sujet du jour.. Tous ceux qui ont présidé au centre (et ils sont nombreux…) n’ont quasiment jamais réussi à mettre en œuvre UNE réforme politique d’ampleur (hors sociétal), avec des vrais retombées importantes pour le quotidien des gens…

Le « ni gauche ni droite » n’aurait en effet pas permis : les congés payés, les 39 heures à l’époque, le RMI, l’abolition de la peine mort, la loi sur l’avortement, les 35H00, le CMU, le PACS, le mariage pour tous etc…

Pour le coup, je suis en désaccord avec mon camarade Gérard Filoche.. Macron est tout sauf un OVNI.. Il est juste « normal » (comme dirait un autre) ,en développant des idées d’un classicisme confondant.. Sans doute une question d’air du temps puisqu’on nous fait déjà le coup de la révolution des idées avec… Alain Juppé…

Mais politiquement la démarche est habile.. Car d’abord elle est positive, ce qui manque aujourd’hui. Ensuite, un peu de projection donc de presque fiction : Si François Hollande est candidat, la création de ce mouvement est comme un « poisson pilote » pour la conquête d’un électorat centre-droit.. qu’il faudra soit contester à Juppé, soit carrément « piquer » à Sarkozy..

Mais si François Hollande n’est pas candidat, Emmanuel Macron se crée alors sa propre histoire avec une structure opérationnelle qui pourra lui servir très vite..

C’est donc intelligent stratégiquement car « gagnant gagnant » comme dirait une autre ministre. Mais sur le contenu, sauf à croire que l’extrême centre incarne l’avenir.. « En marche » suit une ligne forcément.. droite…

On change ou on nous change…

Les codes sont brouillés et les repères sont en berne. L’histoire de la gauche est perpétuellement traversée par une forme de lutte des classes en son cœur.. Guesde et Jaurès, Nanterre et Voltaire, et de nombreux autres références contemporaines qui finalement ne font que souligner la dichotomie Jauressienne entre idéal et réel.. Comme une incompatibilité entre gauche gestionnaire et gauche politique.

Finalement, depuis… la nuit des temps, on dirige au centre droit et on s’oppose à gauche.. Etre socialiste consisterait-il à être dans l’opposition ?

Mitterrand, le dernier candidat de gauche à avoir gagné  l’échéance présidentielle grâce à un électorat populaire disait par exemple aux ouvriers : « La France c’est vous ».. Plutôt que.. « Je vais vous défendre », déclinable à chaque intérêt catégoriel..

Les mutations au modèle capitalistique sont profondes avec une adaptation et une évolution indispensables à la « continuation de l’espèce », mais ne doivent pas nécessairement s’incarner par une déshumanisation et une perte de sens, qui sont l’apanage d’une logique rétrograde et certainement pas progressiste.

Un horizon social sans être socialisant est encore envisageable. Mais il ne peut s’écrire qu’avec une gauche gouvernementale qui assume sa couleur historique et agit en lien avec un certain nombre de valeurs et de principes.. Au risque de reproduire invariablement le schéma évoqué ci-dessus.. Générant donc le fossé entre la parole et l’action, véritable déni de démocratie permettant l’émergence de l’entreprise d’extrême droite  Le Pen au sombre dessein nourri de haine, et qui sans même agir, récolte les fruits électoraux de nos sempiternelles turpitudes..

Quand localement, on émet quelques doutes sur une orientation gouvernementale et sa compatibilité avec l’histoire et les racines de la gauche.. Il se trouve toujours une femme ou homme de droite (et parfois même de gauche..) pour s’amuser des fameuses « contradictions » de votre propos.. Comme si n’avoir que des certitudes faisait de vous une force intellectuelle à toute épreuve… Je pense à l’inverse que celle ou celui qui ne se questionne pas, et quelque part qui ne se contredît jamais tient un propos particulièrement inquiétant.. C’est dans la contradiction que l’on construit et avance.. et que la pensée naît.. Comme dit Amélie Nothomb : « Tout être humain a le droit d’être en contradiction avec lui-même »..  Même la droite n’y échappe pas, et tant mieux pour elle au regard de ce qu’est devenu la doctrine Gaulliste, utilisée par celles et ceux qui sont censés la faire vivre aujourd’hui…

Penser ainsi est faire œuvre d’humilité, en se disant que la quête est permanente, que « l’on ne sait qu’on ne sait jamais », comme dirait Jean Gabin, mais tout en s’appuyant par ailleurs sur l’histoire et les racines de la maison commune qu’est le parti socialiste. N’ayons pas peur d’être en colère comme disait un certain Léon.. Ni de considérer avec bienveillance les nouveaux mouvements de collectifs citoyens, de ce bouillonnement démocratique alternatif.. et de nous inspirer de mouvements tel Podémos ou Syriza…

A cet égard, à gauche, il est évident que des choix lourds de sens s’offriront à nous… Et il faudra choisir le camp de l’espoir, lucide certes, mais avant tout porté par une ambition d’émancipation et de sortie d’une condition prédestinée, et qui s’appuiera donc sur l’égalité et la fraternité..