Le Flou artistique…

Le dénouement hier du débat en conseil municipal sur le centre d’art contemporain ressemble à un saisissant mépris et à une bien mauvaise plaisanterie envers les acteurs culturels concernés. Suite aux prises de parole de l’opposition, ils ont laissé entendre que la porte demeurait ouverte, pour au dernier moment annoncer le maintien du désengagement. Le maire botte en touche en pensant mettre zéro euro dans une structure hébergée à Quimper mais en demandant aux autres partenaires une rallonge budgétaire !! Comble de mauvaise foi pour essayer de préserver un semblant de majorité, tant elle est fracturée sur la question, et gagnant du temps avant l’été. Le flou artistique complet.. c’est malheureusement le cas de le dire..

Mais une fois de plus, il se trompe car hier ce fut le vœu que nous avons défendu avec tous les collègues de l’opposition, mais demain nous ne lâcherons rien politiquement, pour continuer à faire vivre la diversité culturelle à Quimper.

Ci dessous, le texte de mon intervention d’hier soir :

« Monsieur Le Maire, Mesdames et messieurs les élu-e-s, chers collègues.

Votre décision M. Le Maire d’arrêter la subvention au centre d’art contemporain est particulièrement brutale…

Brutale car sans aucune autre forme de débat, vous mettez donc fin à la vie du quartier.

Brutale car les 8 salariés Quimpérois au chômage l’apprennent… par la presse…

Brutale car au départ c’était 15 % de moins par an.. Puis a été évoqué la fusion avec l’école d’art, et en quelques jours, la prise de décision de stopper la subvention

Brutale car Teatr Piba Très Tôt Théâtre, les polarités, l’odyssée des mots, l’art contemporain, je cite « vous n’aimez pas », ou « c’est du bruit pas du son », ou encore « je vais donner des consignes »… Il est clair que guider une politique par des choix purement personnels.. Ressemble davantage au fait du monarque et empêche la diversité culturelle..

Sur l’argument budgétaire, une autre lecture est possible… Brigitte l’évoquera au compte administratif.. Mais un seul exemple.. Sur la politique culturelle, la région, avec les mêmes contraintes a augmenté son budget pour la culture. Le département, avec bien plus de contrainte car il verse d’importantes prestations, maintient son budget culture.. C’est donc un choix éminemment politique et éminemment idéologique

Car la culture devient trop souvent la variable d’ajustement d’une politique municipale. Quimper, Perpignan, Avignon, Chalons Sur Saone, et dans le lot il y en a une de gauche… L’objet de notre débat n’est pas politicien.. Alors que la culture, à l’échelle d’une ville ou d’une agglomération doit justement être pensée non pas comme une charge mais comme un levier d’émancipation.. Je suis persuadé, et ça n’engage peut être que moi… Qu’une politique culturelle doit avoir l’ambition d’éviter l’entre soi, pour faire en sorte que  les publics dit « éloignés » aient aussi accès à la vie culturelle, dans sa diversité.

La place de l’art au plus proche des citoyens, doit continuer à structurer notre action. La culture populaire c’est la culture pour chacun. C’est en fait ce que Antoine Vitez, quand il dirigeait le théâtre Chaillot en 81 appelait « L’élitisme pour tous »… sans renoncer aux exigences des créations… Mais bien en allant vers…

La création en général, qu’il s’agisse du théâtre, de la danse, de la musique, de l’art contemporain est un défi essentiel face au rouleau compresseur cathodique de la simplification et de l’immédiateté..

C’est apprendre l’altérité et c’est bousculer nos conventions, nos certitudes..

La culture n’est pas autre chose qu’un investissement, au même titre que l’éducation.. Je partage cette affirmation avec votre ami Alain Juppé…

Demain sur Quimper, si vous maintenez votre décision, les jeunes générations d’artistes investiront d’autres lieux.. Plus au Nord… C’est l’arroseur arrosé pour le maire de Quimper qui organise lui-même la fuite vers Brest…

Car ce lieu culturel avait la force de sa liberté, et offrait des alternatives. Le débat est bien celui de la diversité culturelle, garante de liberté, porteuse d’espoir, et créatrice d’une génération de citoyens qui n’abandonne pas.. « Cette métamorphose la plus profonde de l’être humain » comme dirait Malraux ..

Il y a aujourd’hui dans des greniers les chefs d’œuvre inconnus de demain.. Picasso, Gauguin et Van Gogh, en savent quelque chose..

Quelques propositions : relancer le processus de discussion, vous y êtes invité par Marc Bécam, vous avez de meilleures perspectives budgétaires pour 2017, avec une baisse de DGF divisée par 2.. Avec les 120 000 Euros proposés par le ministère. Passez les équipements culturels à l’échelon communautaire avec la force du Pays Glakik et de l’Arthémuse, travaillez avec Brest à une solution mutualisée. La politique ce sont des choix. Je ne fais que poser la question : vaut-il mieux stationner 1H00 ou 1H30 de plus… plutôt que de priver nos enfants demain de l’accès à une forme de culture ? C’est une question de vision d’avenir ou pas de notre société.. C’est le besoin immédiat face à l’intérêt général..

La petite économie comptable d’aujourd’hui peut devenir le grand appauvrissement politique de demain.

Alors, pour conclure, Mesdames et messieurs de la majorité : COURAGE, ce n’est pas courage fuyez, mais courage ASSUMEZ !!!

Pensez à nouveau à Malraux, qui en 2 phrases répondait à son premier ministre lui donnant une note de cadrage qui devait saper la politique culturelle.. en 2 Phrases : « Je n’ai  pas beaucoup aimer votre courrier.. Veuillez m’en écrire un autre… »…

Alain, je crois que tu n’es pas d’accord avec ce qui se passe.. Ce n’est pas trop tard.. Mais il n’y a que les combats que l’on ne mène pas qui sont perdus d’avance !! Aujourd’hui le Quartier, demain ART4CONTEXT, après-demain, à qui le tour ?

Mesdames et messieurs de la majorité, ce n’est pour le moment que le bureau municipal qui en quelques minutes a décidé de rayer 25 ans d’histoire. La décision vous revient, c’est ça être élu !!! Je vous demande donc Solennellement de ne pas participer à cette erreur historique pour notre ville..  Ce n’est pas une raison économique donc il est encore temps..

Proposez nous ce soir une porte de sortie. Tout le monde peut se tromper, c’est un geste fort de reconnaître ses erreurs.. Ne soyez pas sectaire comme vous l’aviez
indiqué pour votre première phrase de maire… »

 

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4 Responses to Le Flou artistique…

  1. Le guillou says:

    bonjour..il est des manières plus subtiles mais qui repondent à la même logique d’affaiblissement et de rejet même si elles paraissent moins brutales…ainsi la MJC de Kerfeunteun a vu sa subvention baisser de 30% en 3 ans et le poste de direction n’être plus financé qu’a 50%. .
    confondant populaire et populisme, autorité et despotisme,partenariat et instrumentalisation, nous
    ne sommes pas loin des politiques mises a l’oeuvre dans les municipalités conquises par l’extrème droite.
    décidément oui à la mairie de Quimper la politique culturelle c’est bien la déconnade de l’ouest…

  2. morvan rémy says:

    Je suis tout à fait d’accord avec ceux, qui comme toi Jean-Marc, défendez la Culture à Quimper, et la Culture en général . Je suis, pour ma part, convaincu d’un retournement de situation, tu as raison de t’appuyer sur Alain ( Le ROUX) qui ne doit pas être à l’aise dans ses baskets !
    Bon courage, amicalement .
    Rémy Morvan

  3. erwan says:

    Bonjour,
    un saisissant mépris, la brutalité, c’est étonnant, c’est exactement le reproche que je pourrais vous faire aussi, et qui a caractérisé votre action avec votre façon hautaine de considérer les acteurs du centre ville quand vous leur avez supprimé près de 1000 places gratuites au centre ville. D’ailleurs vous persistez en comparant le quartier à une heure de stationnement… Vous êtes donc prêt à achever l’activité du centre si vous revenez aux affaires si je comprends bien .
    Pour le Quartier et l’art contemporain, vous devriez vous instruire sur le sujet en lisant par exemple Christine Sourgins (les mirages de l’art contemporain) ou en regardant les vidéos de Franck Lepage sur l’art contemporain ou en écoutant Dany Robert Dufour (l’art de la provocation), par exemple. Cela vous éviterait de considérer l’art contemporain comme une simple composante de la diversité artistique. Tout le monde peut se tromper, c’est un geste fort de reconnaître ses erreurs. Ne soyez pas sectaire ou totalitaire, comme l’AC, les bobos snobs, et le système financier des très riches qui manipulent l’AC pour défiscaliser et spéculer avec l’assentiment de l’état. Soutenir l’AC est se faire complice de cette caste.
    A moins que vous soyez déjà conscient de tout cela. Dans ce cas, je cesserai de vous considérer comme un humaniste sincère, mais simplement comme un « politique » comme tous ceux qui n’ont cessé de mentir et de manipuler pour défendre des intérêts personnels.

  4. erwan says:

    Juste une précision: Picasso a été reconnu et était richissime de son vivant.

    « L’objet de notre débat n’est pas politicien.. » …j’en doute de votre part, tant votre opposition est systématique, tant vous êtes impatient de devenir calife à la place du calife…

    Vous dites:  » Il est clair que guider une politique par des choix purement personnels.. Ressemble davantage au fait du monarque et empêche la diversité culturelle.. »
    Vous rendez-vous compte que ce qu’on appelle l’Art Contemporain est en fait un « Art officiel », imposé autoritairement par l’Etat, complice de la finance qui profite de ce filon depuis des décennies (depuis J Lang en particulier). Connaissez vous beaucoup d’Etats qui ont ainsi un « art officiel » financé par l’Etat ( FNAC-Fond national d’achat d’art contemporain dont les montants d’achats sont officiellement tenus secrets) ? Il y avait Hitler, Cuba, l’Urss, entre autres qui avaient un « art officiel »… Peut-être faudrait-il réfléchir à l’extraordinaire complaisance officielle (que vous soutenez) envers ce qui constitue une gigantesque arnaque. Monsieur Jolivet agit certainement par réalisme budgétaire, et probablement par intuition envers ce qui ne devrait pas s’appeler de l’Art, puisque l’Art contemporain rejette tous les critères de beauté, puisqu’il évacue le sensible, l’intériorité, l’expression, l’émotion, le travail, le savoir-faire et tout ce qui pourrait ressembler à une valeur morale quelconque, à une référence à la simple loi morale universelle.
    le débat n’est pas clos…

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