Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

Culture de l’écrasement…

Comme un mal rampant qui s’injecte au quotidien dans nos sociétés, et particulièrement en France, un changement de paradigme s’est opéré insidieusement. C’est l’avènement de ce que je qualifierai comme la culture de l’écrasement.. de l’autre, le plus faible, celui qui est juste en dessous.

En clair, y compris à coup de « harcèlement cathodique », de nombreux programmes, en particulier de la TNT, nous abreuvent de pseudos-reportages sur les fraudeurs au RSA, les fraudeurs à l’assurance maladie, les fraudeurs du pot de miel de tante Hortense etc..

Il est ainsi donné l’impression subliminalement que toutes celles et ceux qui « auraient la chance » de toucher un minima social doivent être considérés avec suspicion.. Il ne s’agit plus de bénéficier d’un système de protection pour survivre, mais bel et bien de profiter d’un système trop généreux pour se payer un 4X4. Comme si en écrasant (pour en revenir à la théorie initiale) celui-là, l’autre, juste en dessous, celui qui profite, abuse et donc fraude.. nous n’en serions que mieux logés..

Point question ici de Laxisme (totem absolu brandi immédiatement par tout bon « LR » lisant ces lignes), car évidemment la fraude doit être réprimée, c’est une lapalissade. Mais tout simplement, le scandale financier n’est pas là.. Pourquoi céder à la facile mécanique accusatoire de la culture de l’écrasement.. Qui, si on approfondit l’analyse est par ailleurs flatteuse, car elle induit là aussi de façon déguisée, que nous, nous sommes des bons citoyens, car il en existerai tant de mauvais..

Il faut donc absolument sortir de cette logique, finalement émotionnelle, pour regarder factuellement où se situent les injustices économiques et sociales.. Au lieu de regarder en bas.. Changeons un instant le curseur.. En effet, il existe encore de nombreux accords fiscaux entre certaines multinationales et certains pays.. Faut-il également parler de certaines zones de non droits de dizaines de milliers de mètres carrés, appartenant à des états (dont certains Européens) et avec trois vigiles pour tout surveiller, dans le cadre d’échanges, qui échappent à toute réglementation.. Ne confondons pas zone franche et paradis fiscal qui en est une variante, mais pour autant, d’incalculables capitaux y circulent sans aucune régulation..

Sans tomber dans un conspirationisme latent de série B, il est intéressant de regarder, et ce n’est qu’un exemple, qui détient une majorité d’actions à BFM TV.. Et les capitaux générés par ces groupes.. Les mêmes qui, selon moi bien sûr, participent à la culture de l’écrasement, et n’évoquent que très rarement en revanche certaines situations fiscales et financières.. « Étonnant non ? » aurait dit l’ami Desproges..

L’ensemble de ce système librement consenti, fonctionne très bien, y compris car tout le monde a besoin de l’autre, à commencer par certain-s- politiques, je ne dis pas le contraire.. Mais le nœud du problème demeure dans cette bataille culturelle perdue par les humanistes et progressistes, et sur le fait que de regarder en bas nécessite moins d’exigences intellectuelles que d’élever les yeux..

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt.. »

La France a peur…

Afin de prolonger la séquence estivale introspective, j’ai eu le plaisir mais aussi la douleur de regarder « poison d’Avril », film malheureusement plus documentaire que fiction.. Le plaisir, car ce long métrage est d’un rare courage cinématographique, mais aussi la douleur, car il est d’un réalisme glaçant.

Les médias cathodiques et autres JT d’infos en prennent pour leur grade et c’est réjouissant. Y compris en revenant sur la période qui a précédé l’élection présidentielle de 2002, un véritable cas d’école.. La ligne éditoriale est alors claire, c’est la surenchère permanente de la stratégie de la peur.. Entretenir le sentiment d’insécurité devient l’unique objectif. La ménagère ne décolle plus de son canapé.. Le pouvoir est content, Bouygues aussi, c’est parfait.. Guy Bedos parlait en ce qui concerne le générique du JT de TF1 de « la musique qui fait peur à des millions de Français ». L’angoisse saisit tellement le téléspectateur qu’il n’ose plus le moindre mouvement..

 
A ce jeu de massacre quotidien, Sans être un théoricien du complot adepte des pensées «conspirationistes», tout semble bon, c’est le culte du fait divers amplifié et déformé avec un cynisme qui se déguise à peine.. Seul le détail, la surface comptent, surtout ne creusons pas, ne prenons pas le risque de dire la vérité, elle nécessite plus de travail que l’entretien permanent de toutes les formes de névrose. L’image brute, doit tout dire, car elle est sacro-sainte, incontestable, tant elle demeure dans les âmes et les cœurs. C’est pile là maintenant que le conditionnement peut s’entamer, car même mensongère, détournée, sortie de son contexte, et sans aucune valeur car sans aucune explication, l’image devient reine, hante les esprits et nie la pensée. C’est sans doute cela « le temps de cerveau disponible » dont parlait un fossoyeur des temps modernes de la pensée..

 
L’affaire Paul VOISE en est une terrifiante illustration. Rappelez vous ce brave Monsieur âgé au visage tuméfié, agressé deux jours avant la présidentielle de 2002. Dans la journée du Samedi précédant le 21 Avril, alors que l’information politique est proscrite, pour la journée dite « de réflexion », les médias ont leur bouquet final.. Le reportage sur papy Voise sera vu 19 fois sur LCI ce fameux Samedi. C’est aussi la stratégie de l’étouffement. Cette lessiveuse est définitivement implacable.
Pour « info », pour « charges insuffisantes », les agresseurs potentiels ont bénéficié d’un non lieu et Monsieur Voise n’était pas uniquement une brave victime immaculée. Étonnement, les principales chaînes d’information n’ont jamais évoqué cet épilogue.. ni 1 fois, ni 19 fois..

 
Avant le premier tour, Pasqua retirera sa candidature sous des motifs fallacieux, ne captant pas l’électorat hautement insécurisé et donnant l’autoroute que l’on sait à l’extrême droite française. Ajoutez-y le conditionnement anxiogène, au moment de glisser son bulletin dans l’urne le 21 Avril 2002… Lionel Jospin écarté, Jacques Chirac restera président … et … n’ira pas saluer les juges le Lundi 06 Mai 2002… C’était en France, dans notre siècle..

 
Étonnant que « poison d’Avril » n’ai jamais été diffusé par une des deux grandes chaînes.. ni « le cauchemar de Darwin » ou « pas vu, pas pris » ou de nombreux autres. Pourtant enrichissants documentaires. Au lieu d’élever, ces médias enlaidissent les consciences et semblent vouloir asservir leur public, attendu qu’eux mêmes sont inféodés à des puissances et enjeux qui s’éloignent considérablement des missions d’information et de création d’une conscience citoyenne collective. Ils habituent à l’inverse à la facilité et semblent vouloir mener à bien une entreprise universelle de lobotomisation de masse.

 
Ne pas regarder ces messes cathodiques est salutaire pour les neurones.. La presse écrite, la radio (certaines en particulier), internet, les lectures, les sorties, les discussions donnent d’autres accès.

 
Morceau choisi de poison d’Avril : un journaliste à un autre :
«C’est formidable, le groupe va créer une chaîne avec la météo 24H/24.. ».
Réponse : « ça existe déjà, ça s’appelle une fenêtre ».

La France a peur, à voir sans modération ici

 

 

Réalités

Première distribution de documents présentant la liste « Quimper pour vous » aux Quimpéroises et Quimpérois. La tradition consiste à dire que l’accueil fut bon, chaleureux, excellent.. il est rare d’entendre des candidats dire : « on se fait jeter, l’accueil est calamiteux ». Et bien je ne vois pas pourquoi je dérogerai à la règle puisqu’en plus c’est vrai… l’accueil fut très bon.

J’en profite en revanche pour souligner un paradoxe qui en dit long sur la déconnexion entre les sphères médiatiques parisiennes et la femme et l’homme de la rue, celle ou celui du marché que nous avons rencontré tout le week-end.

C’est presque à ce tarif un mini sondage. Sur pas loin d’un millier de personnes que mes camarades et moi-même avons rencontré ce week-end, pas à une seule reprise, nous avons entendu parler d’une certaine affaire, qui pourtant de façon écœurante et scandaleuse a fait l’objet samedi soir dernier d’éditions spéciales sur au moins deux chaînes d’infos pendant au moins 4 heures.. Faute professionnelle collective pour ces vendeurs de soda américain entre deux temps de cerveaux disponibles.

Les éditorialistes politiques que nous avons rencontrés dans la rue depuis quelques jours sont bien plus passionnants et sincères que celles et ceux dont c’est soi-disant le métier, et qui ont sur-commenté samedi soir à grand coup de logos officiels une actualité qui n’en est pas une. Pendant ce temps-là, l’Ukraine peut faire sa révolution et de nombreux Égyptiens mourir loin des caméras de ces chaînes qui portent définitivement mal leur nom d’informations..

Certes, la déconnexion avec la sphère politique est aujourd’hui également prégnante (8% des français feraient confiance aux femmes et hommes politiques). Même si ce chiffre est sans doute à minorer au niveau local, il nous faut, à travers ces rencontres réhabiliter la notion d’engagement. C’est à titre personnel une de mes périodes préférés que d’aller vers le citoyen, surtout au regard d’un bilan complet et riche et à l’aulne d’un projet ambitieux et au service de toutes et tous.

Bref, un week-end empli de contradictions et d’excès, mais comme le disait Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ».

Cas d’école…

Hier matin, un cas d’école, presque un flagrant délit… Les chaînes d’info ont pleinement illustré leur besoin d’entretenir le feuilleton quotidien, pile dans cette contradiction qu’ils doivent assumer de celles et ceux qui n’ont parfois rien à raconter, mais dont le travail est de tenir l’image 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.. Avec une telle feuille de route, difficile de prioriser l’information de fond, tout en tenant en haleine le téléspectateur pour qu’il soit disposé et conditionné à acheter du soda outre-atlantique..

Mais venons en aux faits.. Hier matin, le président François Hollande était à Aubervilliers, pour évoquer entre autre la priorité absolue de ce quinquennat, l’emploi. Est née une polémique parfaitement significative du pouvoir de la lessiveuse médiatique façon rouleau compresseur, qui mérite un décryptage. Voilà en fait les phrases relatives à l’emploi qui, au sein des chaînes d’info ont mit en ébullition les vendeurs de buzz : « La bataille est engagée. Elle se jouera mois par mois. Nous devons travailler sans cesse. Ça prendra tout le temps qui est nécessaire. »

De là, dans l’instant, la minute, la seconde, quant on ne prend pas le temps de prendre le temps, quant le gavage remplace l’analyse, et qu’il FAUT ABSOLUMENT raconter une histoire, on va se jeter sur les mots, sans leur donner aucun sens.. La ligne est trouvée, on va INVENTER une contradiction entre le « temps nécessaire » et « l’inversement de la courbe du chômage avant la fin de l’année« ..  A part à reprendre des cours de remise à niveau de français niveau collège, le président n’a jamais dit ou même sous entendu le contraire de cette volonté d’inversion.

De fait, il est évident qu’autour du président, entendant les chaînes d’info vouloir lancer leur buzz du jour (n’oubliez pas l’impérieuse nécessité de la vente des boissons gazeuses américaines..), il est rappelé à ces médias de l’instantané qu’il n’y a pas de contradiction.. Et là, la machine aveugle s’emballe, en expliquant que le président et son équipe rétro pédalent… Il ne reste plus aux chaînes qu’à faire de la mousse sur leur propre mousse. Non seulement, ils n’ont pas compris (ou feinté de ne pas comprendre la première fois) et ils récidivent, fort de leur unique vérité..

L’on touche ici au cœur nucléaire du problème.. Car ceux ne sont évidemment pas ces mêmes médias qui évoqueront cette dérive que eux mêmes orchestrent… (sauf le nouvel obs : ici)

Et tout au long de la journée, certains grands penseurs et analystes de l’UMP, n’ayant d’autre choix que de se soumettre à la pensée unique cathodique nous ont expliqué que le président préparait l’opinion à des mauvais chiffres annoncés le soir même..

Ils ont tellement bien compris qu’en effet, le chômage a … baissé en octobre…

Finalement, le tort principal du Président de la République aura été de vouloir prendre de la hauteur, face à des chaînes d’infos qui n’en sont pas capables, en évoquant une baisse « durable » du chômage, ne se pliant pas à la formule attendue de la « baisse de la courbe avant la fin de l’année« ..

Kundera évoque à raison dans ce genre de situation des simplificateurs et des chasseurs d’actualité. Le pire dans cette histoire est le mépris par ces « médias » de celles et ceux qui sont concernés et qui en souffrent,  pris en otage qu’ils sont par des argentiers qui rabaissent considérablement la fonction journalistique.