Le Blog de Jean-Marc Tanguy
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Samba, les transmetteurs de bonne humeur..

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« Tellement proches », « Nos jours heureux », « Intouchables », et maintenant « Samba », avec la chance d’avoir pu le voir en avant-première hier soir.

Une réalisation profondément généreuse, jamais pathos, qui filme au plus près le quotidien, souvent nocturne de celles et ceux qui souffrent, sans compassion ou condescendance mais avec une authenticité rare et la dose d’humour nécessaire.

Cette précision, cette plongée dans l’univers qu’ils ont choisi de montrer honnêtement, les réalisateurs voltigeurs Tolédano et Nakache la maîtrisent sur le bout des doigts. On le constate dans « nos jours heureux » pour quiconque a animé ou participé à une colonie. Allant jusqu’aux sacs en toile de jute à carreaux où l’on stocke le matériel, c’est un classique..

Je fiche mon billet, que pour « Samba » certains parleront de bons sentiments, car ils ne valident que les comédies bien grasses, sans âmes et d’une déconcertante facilité tellement convenue.. Ou les films japonais de 3H00 quand sous la pluie, on suit le chemin d’une pomme qui roule pendant la moitié du film..

Ceux-là n’aiment pas l’entre deux, qui pourtant réconcilie un cinéma bon public, populaire, et les laborieux, les exigeants..

Ce qui est remarquable dans Samba, c’est de montrer d’aussi près la relation d’aide, avec ici le franchissement du Rubicon dans la relation d’aidant à aidé.. Une vraie réflexion sur cette juste distance qui est en fait inexistante car impossible à trouver et qui atteste bien du fait que les « aidants » essaient souvent de donner ce qu’ils n’ont pas eu..

Charlotte Gainsbourg s’est faite un prénom depuis déjà bien longtemps, et son charme opère comme jamais. Sa façon de se mouvoir, de sourire, ses regards intenses et sa douceur instinctive sont une source de captation sans fin qui pimente indéniablement l’œuvre.

Omar Sy, moins expansif est plus mature que d’habitude, plus sage, il évolue comme la façon de filmer des transmetteurs de bonne humeur que sont Tolédano et Nakache.

Le film sort en salles le 15 Octobre. Il ne s’agit pas « d’Intouchables 2 », mais si les vannes claquent tout autant, c’est une impression d’approche de profondeur, un « début d’abus » comme comprendront celles et ceux qui doivent courir pour aller le voir..

Suzanne

Le film « Suzanne » vu hier soir au Quai Dupleix à Quimper n’est incontestablement pas la comédie de l’année. J’en veux pour preuve que même les sièges en pleurent encore.

Ce chef d’œuvre est bouleversant de la première à la dernière seconde. L’authenticité vous prend aux tripes pendant 94 minutes.

C’est un peu un remake actualisé de la chanson de Brel « ces gens-là ». C’est une vie où à toute heure de la journée, il y a des bières et des cendriers remplis sur la table, où les enfants passent du canapé de la voisine à celui de la sœur, car ils sont niés dans leur existence par des adultes abîmés, cassés, éparpillés. Point de méchanceté chez ces adultes là mais tant de déconstructions et tant d’irresponsabilité qui énerve, insécurise et vous met mal à l’aise.

Sauf qu’il n’y avait pas de caractère prédisposé expliquant leur comportement, mais un drame non expliqué qu’on devine, film tout en finesse, qui provoque une descente aux enfers avec un homme se retrouvant du jour au lendemain père seul si peu préparé et disponible, et deux filles aux prises avec un papa pataud qui bourru et gentil comme il est, ne sait pas faire. Il aimerait savoir, il devrait renverser la table, mais laisse la fatalité agir et courbe l’échine, cependant toujours avec dignité. François Damiens est dans ce registre inimitable.

L’éblouissante et ensorcelante Sara Forestier touche ici à la grâce tant Suzanne explose l’écran à chaque seconde. Elle fait partie de ces gens qu’on ne veut pas voir, ou que l’on juge d’un revers de main, que l’on confie aux services sociaux, voire à la justice. Elle fait partie de ces gens qui ne font que les mauvais choix, c’est parfois à en vomir.

Mais le cadeau de ce film est qu’ils sont tous terriblement humains, qu’ils sont vous et moi, que la résilience est toujours possible. Ce film est une ode à la vie, car Suzanne nous démontre que nous sommes tous sur un fil, tant qu’en bas il y a du monde, juste au cas où..

Ce film devrait être d’utilité publique, même si je pense qu’il ne passera jamais sur une grande chaîne à heure de prime time..

« le bonheur c’est de chercher » nous disait Jules Renard. Suzanne parviendra à ce bonheur après des sacrifices multiples. Et nous imaginons et espérons enfin Suzanne suivre une autre invitation, celle de Ronsard en « cueillant dès aujourd’hui les roses de la vie », et qu’elle arrête de s’écorcher aux épines, elle le fera.

L’école et rien d’autre…

« Sur le chemin de l’école » part d’une idée simple et nous amène pourtant très loin dans ce qui est une ode à la chance de l’instruction et de l’éducation.

Il s’agit de la quintessence de ce que l’école peut apporter. A tel point que les enfants que nous suivons à pas pressé et au souffle haletant pendant tout le film, se mettent constamment en danger et font preuve d’une sidérante abnégation pour juste avoir le droit à l’instruction.

Ils savent que c’est important, veulent y arriver et bravent tous les risques possibles pour juste s’asseoir en face du professeur.

Ce film est un bouleversant message d’espoir, en nous montrant ainsi ces enfants, avides d’un avenir meilleur. Il est aussi bien sur terriblement violent, nous renvoyant à nos propres incohérences, notre luxe quotidien que l’on oublie, et notre indifférence notoire au sort des 80% du monde avec qui nous ne partageons pas les richesses.

Ce chef d’œuvre est une ode à la vie, qui à travers des yeux naïfs et dans des contrées nues, où le matérialisme n’existe pas, réhabilite le goût d’apprendre et le rêve de l’émancipation. Les fauteuils en pleurent encore…

 

Vélo, pop-corn et amitiés

Excellent film cet après-midi au Quai Dupleix avec Wadjda, qui entre autre démontre avec talent et force que même pour une petite fille, dans un pays où la femme ne peut s’exprimer, réussir à avoir un vélo et pouvoir circuler avec dans les rues Saoudiennes relèvent du parcours du combattant et revêt un risque majeur.

Contraste saisissant avec 2 ados pré-pubères, assis non loin de moi, qui s’ils s’étaient peut être trompés de salle se sont empiffrés lamentablement et bruyamment de pop corn… Certaines scènes d’un film n’ont de valeur que de par leur silence.. Quand celui-ci est brisé par la rencontre entre l’appareil dentaire et le maïs grillé, il ne me faudrait pas à ce moment là une Kalachnikov entre les mains…

 

Le drame du rêve brisé d’un côté et de la permissivité de l’autre… Mais franchement…Manger au cinéma… Quand vous allez au restaurant, vous regardez un DVD en même temps vous ?

Bref, une fois cette attentat élitiste cinématographique politiquement non correct accompli, et sans transition, comment ne pas s’amuser de lire dans la presse locale, que Ludovic Jolivet assure qu’au sein de la majorité plurielle de notre municipalité, il y aurait des phénomènes de détestation… Grand compliment de la part d’un personnage qui a su de tout temps manifester une si grande et belle camaraderie avec sa collègue Marcelle Ramonet par exemple ou encore avec les proches du maire sortant…

Le plus drôle dans cette interview étant qu’au-delà du fait que les adhérents UMP n’auront sans doute, comme d’habitude pas leur mot à dire pour désigner leur tête de liste, dans une autre interview, le même Ludovic Jolivet évoquait la possibilité au-delà de sa personne, de la venue d’un homme ou d’une femme providentielle… Bon, ben vu qu’il semble dans les startings-blocs, on ne peut que constater… qu’il ou elle n’est pas encore arrivé(e)… Affaire à suivre..

Bonne santé, car la santé c’est important hein ???

Deux focus en ce début d’année 2013 :

Tout d’abord, ayant été contraint à fréquenter le milieu hospitalier bien qu’en période de fêtes, je tenais tout simplement à souligner et à saluer le dévouement du personnel soignant, qui avec passion et patience accomplit sa mission dans un hôpital public pourtant malade. Et dire que dans le passé, un petit bourgeois originaire de Neuilly a régulièrement trouvé le moyen de fustiger ces personnels si présents et attentifs, dans le cadre d’une mission de service publique parmi les plus précieuses.

Ensuite, premier film de l’année hier avec Hasta La Vista, réalisé par Geoffrey Enthoven. Si cet opus s’inscrit dans la lignée d’ « intouchables », il en est aussi sa mauvaise conscience, son frère caché… Ici, le fauteuil roulant n’est pas plaqué or, mais à l’image d’ Aaltra, le regard sur le handicap est acerbe, sans concession ni pour le valide, le paraplégique, le tétraplégique ou l’aveugle, où une fois de plus, quelle que soit la condition humaine, comme dirait Brassens, quand on est … C’est aussi et surtout un road moavie qui conte une histoire d’amitié, entre un trio qui demande un droit aussi élémentaire que physiologique, celui d’aimer et d’être aimer.

Ce droit nécessitera pourtant pour eux un parcours à risque mais les aidera finalement à se trouver eux-mêmes au-delà d’un quelconque handicap. Moins propret que Intouchables, plus irrévérencieux, Hasta La Vista n’a malheureusement pas rencontré son public en salles.. Il ne vous reste à courir vers votre loueur de DVD le plus proche.

« Le Havre » de Bonheur…

« Le havre » le film, ou l’art de construire un film éminemment politique, hautement engagé sans dire un mot du sujet traité. Mais tout est dans le geste, dans la spontanéité généreuse d un homme que l on devine abîmé mais qui incarne la dignité…

À travers le personnage de Daroussin et son costume sombre façon guestapo, ainsi que du monochrome de la vie simple des petites gens des petits quartiers de la zone portuaire havraise et pourtant dans notre époque si terriblement contemporaine, il y a rappel a l histoire dans cette contradiction et à ses heures les plus sombres dans la traque qui s amorce..à 7 képis pour un gamin…C’était toujours moins qu’en vrai où ils étaient 12 concernant Ardi Vrenezi dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici.

On parle peu dans « Le Havre », quand l ancien ministre des expulsions cause à la télé, on coupe le poste…on parle peu mais on agit beaucoup, tout en solidarité tûe (donc la plus sincère) dans ce joli conte, en vérité terriblement violent contre une certaine façon de faire de la politique. Bref, encore un merveilleux film de droite…

Plein les yeux

Weekend cinématographique passé trop vite… 3 films à voir d’urgence pour des raisons évidemment différentes, quoique…

« Intouchables » avec François CLUZET et Omar SY. Un regard d’une rare pertinence sur le handicap, entre refus de la compassion, et l’authenticité d’une relation. Il s’agit de la personne avant le handicap. Bref, les réalisateurs ont tout compris dans cette comédie à travers cette rencontre entre deux univers, qui ne verse jamais dans le cliché, mais le contourne, pour en faire une comédie hilarante avec de multiples messages de modernité qui font du bien, mais du bien… « Pas de bras, pas de chocolat »…

« Polisse » De Maewen, avec entre autres Karine VIARD, Marina FOIS, Joey STAR (saisissant de justesse) et Nicolas DUVAUCHELLE. Le quotidien de la Brigade des Mineurs reconstitué avec justesse et précision. Il s’agit d’éducateurs armés, ou de flics lyriques, comme on voudra. Ainsi, le spectateur est pris à témoins de la cruauté des violences de toute ordre subies et/ou provoquées par les mineurs et de leur impact sur les vies personnelles dévastées des flics concernés. Le manque de moyen et de considération est aussi là prégnant. Alors que la protection de l’enfance est très certainement ce qui devrait être LA priorité des priorités…Je m’y suis vu, sauf que je ne peux faire de dérapage avec les véhicules de service…

« L’exercice de l’Etat », avec entre autres, Le toujours excellent Olivier GOURMET, Michel BLANC et Zabou BREITMAN. Ou le choix entre le poids des convictions et l’assouvissement des ambitions personnelles. Au-delà de l’exercice de l’état, on voit ici surtout les coulisses du pouvoir, la chaîne de décisions et tout le cynisme, l’absurdité et finalement la violence de la vie politique. La caricature est parfois présente, mais elle sert une réalité qui malheureusement trop souvent semble s’approcher de la caricature, c’est encore l’expérience personnelle qui parle, la safrane en moins…