Le Blog de Jean-Marc Tanguy
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Jean-Jacques Urvoas, un ministre du 21ème siècle…

Depuis 3 mois et 20 jours, le ministre de la justice est au travail, inlassablement.. On connaissait les qualités d’artisan du droit de Jean-Jacques Urvoas, mais son action à la Chancellerie démontre aussi un évident ancrage à gauche dans le contenu du travail fourni.

Tout d’abord, car dès son arrivée à la fonction de garde des sceaux, il s’est concentré sur un objectif simple, sur un axe majeur et sur une ambition unique : redonner des moyens à la justice pour fonctionner.

Pas besoin de grandes déclarations enflammées dans de multiples médias, mais une activité de tous les instants pour gagner son arbitrage.. C’est une pratique politique aussi respectueuse et discrète qu’efficace.. Réclamer ainsi des moyens budgétaires pour la justice , c’est d’abord et avant tout viser à l’amélioration d’un service public sinistré. Si les professionnels de la justice œuvrent dans des conditions décentes, les 4 millions de français qui entrent dans un tribunal par an seront accompagnés avec plus d’efficacité. C’est au final un dégel de 107 millions d’Euros, qui entre les frais de justice, le fonctionnement des juridictions, le réseau informatique et l’immobilier, doit permettre une nette amélioration pour la justice du quotidien.

Ensuite, au-delà des moyens, il y a le travail politique de fond à travers notamment le projet de loi sur « la modernisation de la justice du 21 ème siècle » dont l’examen commence cette semaine. Cette loi, au regard de ses orientations est celle du concret et du quotidien. C’est un pragmatisme de gauche. Le temps et les moyens manquent pour révolutionner totalement la justice dans notre pays, mais un certain mépris affiché devant une loi qui ne serait pas fondamentale est un mépris pour l’ensemble de nos concitoyens… Car il est dans ce texte d’abord et avant tout question de la justice du quotidien, avec des applications concrètes, aux motivations protectrices et simplificatrices. La justice est aussi et surtout le droit des plus faibles.

Comme l’a dit le garde des sceaux hier dans son propos introductif au débat : « les idées ne sont pas vraies ou fausses. Elles sont utiles ou ne le sont pas ». En complétant par une citation de Montesquieu : « Souvent l’injustice n’est pas dans les jugements, elle est dans les délais ». C’est typiquement le cas dans cette loi, malgré les polémiques naissantes sur la question des divorces ou des infractions routières.

Mais une mesure du projet de loi attire pour le moment moins l’attention et pour autant là aussi, elle incarne un discours de vérité et nécessite un certain courage politique face à la démagogie. Les tribunaux correctionnels pour mineurs instaurés par Nicolas Sarkozy en Janvier 2012 ne sont qu’un affichage électoraliste et sécuritaire. Les mineurs de plus de 16 ans ont vu leur situation pris en charge par cette juridiction dans… 1% des situations, et avec au final moins de sévérité que les décisions prises par les juges pour enfants. Mais le titre « tribunaux correctionnels pour mineurs »… consistait à soi seul une sorte de racolage électorale supra-démagogique… Constater que certains députés de « LR » continuent à défendre une juridiction pleinement inefficace est assez consternant.

Ainsi, dans cette analyse assumée comme pleinement subjective.. Si j’ai parfois quelques hésitations, pour ne pas dire davantage, avec certaines orientations gouvernementales… Je suis fier de l’action de Jean Jacques Urvoas, qui comme il le déclamait déjà dans sa première campagne en 2007 « agit et protège ».  C’est un ancrage à gauche que de vouloir, humblement, juste être utile.. En servant la justice de proximité. Cette volonté d’agir sur le quotidien est la même qui doit animer notre action politique locale. C’est la clef de la rénovation et de la refondation.

Les artisans de l’inclusion

Le combat pour éviter la fermeture du poste de l’enseignante spécialisée à Jacques Prévert fut exemplaire à tout point de vue. Comment ne pas cacher sa satisfaction suite à la décision rendue hier par l’académie qui revient sur sa position initiale et qui laisse l’enseignante en place.

Ce combat a d’abord été celui des enfants. En premier lieu les enfants sourds et malentendants qui ne verront pas leur avenir compromis. J’ai donc une forte pensée ce matin pour Léa et ses petits camarades, qui continueront à bénéficier de l’accompagnement qu’ils méritent et surtout dont ils ont besoin. Je pense aussi à tous les autres enfants, les « entendants » qui grâce à la présence de ce dispositif s’ouvrent à la tolérance et au respect de l’autre. Il s’agit fondamentalement de l’inclusion au quotidien, aussi bien en salle de classes que dans la cour d’école où le handicap disparaît aux yeux de tous.

Ce combat a ensuite été celui des parents. Les parents des 5 enfants concernés bien sûr. Leur humilité et leur discrétion n’ont pas entamé leur détermination. Et je ne suis pas prêt d’oublier le visage d’une maman en particulier quand hier, elle a appris que l’enseignement spécialisé était maintenu. Soulagement, bonheur et dignité retrouvée s’y mêlaient, devant le maintien de cet opportunité pour son enfant, qui dans cette école n’est pas différent. Comment ne pas penser non plus à tous ces autres parents de l’école Jacques Prévert, qui n’ont pas d’enfant sourd ou malentendant, mais qui par solidarité et par envie de conserver le modèle inclusif se sont battus eux aussi avec une détermination sans faille.

Ce combat a également été celui de l’enseignante spécialisée qui défend une éthique professionnelle et qui, pour l’avoir vue en situation, apporte à ces enfants bien plus que ses hautes qualités pédagogiques, mais aussi toute l’attention et l’affection dont les enfants ont besoin pour compenser leur situation de handicap

Ce combat a enfin été celui.. de nous tous. Car il s’agit du maintien d’un modèle de société où l’attention à l’autre prime, au-delà du respect stricto sensu des cadres établis ou imposés. Ce combat démontre que les luttes légitimes ne sont pas vaines, y compris dans nos sociétés fracturées. Je suis heureux ce matin d’y avoir travaillé avec Isabelle Assih et Jean-Jacques Urvoas, et une fois de plus, ce résultat appartient avant tout à toutes celles et ceux cités plus haut, qui le méritent grandement car leur joie est très certainement à la hauteur de la détermination et du cœur qu’ils ont mis à ce précieux ouvrage.

Longue vie à l’inclusion à l’école Jacques Prévert à Quimper

L’école de demain..

Pour les politiques d’éducation, bases fondatrices des perspectives d’avenir et de l’évolution de notre civilisation, seule une révolution permanente des esprits peut mettre fin à l’agonie d’un système éminemment inégalitaire.

Une révolution syntaxique pour commencer. Parlons d’enfants et non plus d’élèves. Redonnons une identité propre et non institutionnelle à celles et ceux qui demain fabriqueront un nouveau monde. Repenser l’école, c’est repenser l’avenir.

Tout d’abord, des constats saisissants : 150 000 jeunes sortent chaque année du « système éducation nationale ». Cette dernière est devenue malgré elle une usine à reproduction de l’inégalité sociale. D’après la très célèbre et peu contestable étude PISA, face à l’école, les enfants français sont plus stressés que les enfants… irakiens…

Le système est devenu un broyeur aveugle qui s’en prend toujours aux mêmes. La réussite scolaire va presque uniquement dépendre de la bonne rencontre avec le bon professeur. Et à combien de ces héros quotidiens que l’on ne saluera jamais assez doit-on la mise en orbite de destins qui s’étaient pourtant fracassés sur un tableau noir toujours trop rigide..

Avançons l’idée que la mission unique de l’école doit être de mettre les enfants en situation de réussite. Pour se faire, point question d’abandon des apprentissages élémentaires et des savoirs indispensables que l’on retrouve sur notre indémodable tableau noir. Mais la seule finalité ne peut être de vouloir créer une forme d’élite de l’éloquence. A cet effet, le système de notation actuelle est très certainement à interroger.

Mais en complémentarité de l’écrasante majorité des approches chrono biologistes, qui démontrent que les savoirs sont acquis avec plus d’aisance le matin, proposons que le cartable ne soit plus lourd comme un cheval mort, avec la mise en pratique d’activités de créations l’après-midi. Arts, sports, culture ouvrent sur le monde, donnent d’autres perspectives à des enfants dénués pour le moment de préjugés et évitent de fabriquer un moule, une uniformisation qui tue la singularité et favorise la pensée unique.

L’apprentissage est fondamental et constitutif, mais il est également désincarné et stérile s’il se passe de la créativité, de l’inventivité dont chaque enfant est capable. Il s’agit de tuer l’inégalité dans l’œuf entre celles et ceux qui apprennent et celles et ceux qui comprennent, entre celles et ceux qui hors des murs de l’école choisissent entre équitation et escrime et celles et ceux qui n’ont pas toujours assez de monnaie pour rentrer en bus.. Mettre les enfants en situation de réussite, c’est, hors de l’espace temps dévastateur, créer entre les murs une bulle bienveillante qui apaise, protège et surtout cherche, cherche et cherche encore ce qui place l’enfant dans les meilleurs conditions de son développement.

Sans jamais se couper du monde, nous devons être certains qu’il demeure encore quelques vagues lueurs de civilisation dans cet abattoir barbare connue autrefois sous le nom d’humanité. Nous avons le devoir d’affirmer notre foi en une école revisitée dans sa mission, modernisée dans sa pratique. Nous y viendrons, c’est le sens de l’histoire, alors anticipons dès à présent. Cette foi doit être farouche pour accomplir ensemble des grands desseins pour nos enfants. Pour nos enfants, il est peut être temps que nous atteignons les étoiles.

Comment et pourquoi on est tellement mieux à 5…

Lors de la semaine passée, grâce à « Bretagne Réunie » et à « Unis Pour Pluguffan », j’ai pu apprécier des interventions d’une grande pertinence et richesse, défendant la réunification de la Bretagne historique, sur les volets économiques, sociologiques, culturels et politiques.

Si la réforme territoriale a le mérite d’exister, son vrai problème demeure en son démarrage.. Une vraie cohérence territoriale, une réforme d’ampleur de nos bassins de vie, des transferts de compétences, et une pensée globale sur la refondation politique et administrative du pays auraient mérité un autre débat que des charcutages en règle sur un bout de table dans l’urgence un lundi soir..

Car même si cette réforme peut sembler éloignée des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens, tout à chacun sera impacté par les mutations à venir car il s’agit précisément de la réorganisation de notre modèle structurel, qui pèsera lourdement sur notre avenir économique et social.

Face à cet imparfait départ, les brèches étaient à colmater et le pire à éviter. A ce titre, il serait injuste de ne pas souligner le rôle essentiel de Jean-Jacques Urvoas et de Jean-Yves Le Drian, à qui, entre autre l’on doit la non fusion, et une Bretagne à 9, grand corps mou aussi stérile qu’insensé.. Cet argument du moindre mal peut revêtir un caractère « inentendable » pour les tenants historiques d’une revendication séculaire, qui étaient en droit d’attendre de cette velléité politique l’opportunité tant attendue. Mais face à des résistances certes injustifiées, mais néanmoins majoritaires, le vrai combat consistait dans cette première étape à éviter le pire pour tendre vers le sens de l’histoire à travers le vœu d’une Bretagne à 5.

A cet égard, la perspective d’avenir réside évidemment dans l’évolution du futur droit d’option. Ce dernier s’il se veut cohérent doit à mon sens intégrer deux principes :

Par voie référendaire, 50.01 % de la région d’accueil qui se prononce pour l’arrivée d’un nouveau département.

Par voie référendaire, 50.01 % du département concerné qui se prononce pour l’arrivée dans une nouvelle région.

C’est évidemment la question de la réciprocité d’une volonté populaire commune qui doit s’imposer et permettra ainsi d’ouvrir de passionnants débats sur l’avenir de nos territoires et donc des femmes et des hommes qui le composent. Adieu les 3/5, qui sont aussi insensés que la règle des 3% de déficit, décidé sur un coin de table. Adieu la consultation de la région du département sortant, qui stérilise le droit d’option, et le vide de son sens originel.

La réforme permettra également une simplification pour nos concitoyens, avec par ailleurs une nécessaire refondation du statut de l’élu et de ses missions pour plus de justice sur la possibilité d’engagement, y compris pour les salariés du privé, avec des formations et surtout pour que chaque élu ne soit pas godillot mais porte un projet politique fort. On peut faire de la meilleure politique avec moins d’élus sans doute, ce qui évite également les luttes permanentes à des fins personnels et l’abandon des convictions.

Restera à définir l’organisation la plus efficace pour la prise de décisions dans le cadre de l’assemblée de Bretagne, et à ce titre, les intercommunalités d’abord permettent de garder une proximité avec le citoyen dans le cadre d’un service public du quotidien. Les pays ensuite semblent l’échelon administratif et politique adéquat en terme de prise de décisions pour les grandes orientations qui doivent présider au destin de l’assemblée de Bretagne.

Enfin, une thématique trop peu abordée, relative aux champs de compétence, notamment ceux qui sont aujourd’hui prises en charge par les conseils généraux. Certains d’entre eux sont suffisamment sensibles pour mériter toute notre attention et dont le service ne doit pas être sacrifié à l’autel d’une réforme qui caricaturerait des missions essentielles en gabegie, juste pour suivre l’air du temps simplificateur consistant à caricaturer la fonction publique.

Je souhaiterai tant que certain-e-s de mes frileux camarades assimilent enfin que ce débat n’est pas l’apanage des tribunitiens du repli identitaire, qui feraient se fissurer les murs de la République, mais qu’au contraire, la république, en ce 21 Septembre où l’on célèbre sa proclamation ne peut se nourrir que par la défense de la diversité de ces multiples territoires. Je suis un citoyen du monde, qui n’aspire qu’à la découverte de l’autre mais dès que je quitte La Bretagne, Le Finistère et Quimper, je suis en manque, c’est ainsi, c’est non choisi, mais constitutif, je crois de beaucoup de Bretons.

C’est un peu cet ensemble que j’irai défendre le 27 En Bretagne, à Nantes avec un seul étendard, celui du sens de l’histoire et ne serait-ce que pour avoir le plaisir d’entendre Clarisse Lavanant chanter « j’avais 5 enfants »…

Sylvio et Nicolas, même combat…

Grand moment d’indécence hier soir quand un justiciable si peu ordinaire qu’il soit prend le pays à témoin du pseudo acharnement dont il ferait l’objet.

En 2011, en France, selon les chiffres du ministère de la justice, il y a eu un peu plus de 33 000 mis en examen. Soit, en se référant à ce chiffre, hier à peu près 91 personnes dans la même situation. Ils n’ont pas tous eu la chance de se justifier devant des millions de Français. C’est important de ramener la vérité à ce qu’elle est… Et d’affirmer que la prétendue autoproclamée victime est avant tout un privilégié… A ce titre, en effet, il n’est pas un justiciable comme les autres, vu qu’il est avantagé..

Il n’a définitivement pas changé. Un vrai show TV qui fera plaisir à ses ami-e-s, avec un Jean-Pierre Elkkabach d’une complaisance qui pose question.

Il pose par ailleurs un leurre grossier en allumant un autre feu, celui de la victime innocente d’une justice qui s’acharne. Comment être dupe d’une telle stratégie qui évite à Nicolas Sarkozy de parler réellement du sujet et d’éviter toute question fâcheuse. Si on décide de s’exposer, autant assumer. Le cynisme ne connaît pas la honte avec l’ancien président.

La présomption d’innocence est un principe intangible, et il ne s’agit pas ici de le fissurer, mais sur la forme, et dans la façon de s’en prendre à la justice, si on voulait ironiser, on pourrait dire que Nicolas Sarkozy ressemble plus à Sylvio Berlusconi qu’à Alfred Dreyfus.

Un vrai sentiment de malaise à la vue d’un camelot aux abois, qui n’a vraiment honte de rien et qui, sans aucune pudeur fait de l’adage suivant sa devise : « plus c’est gros, plus ça passe »..