Le Blog de Jean-Marc Tanguy
Le Blog de Jean-Marc Tanguy

Un candidat, une vision, des propositions…

Le cœur de Brest battait hier soir au Vauban…

Une fois n’est pas coutume, commençons par la fin… Le candidat à la présidence de la république Benoit Hamon, dans sa conclusion s’est engagé à…  ne pas détenir la vérité.. Il nous a avoué ne pas avoir été frappé par la foudre divine pour devenir soudainement l’homme providentiel, le sauveur que la république attend et qui semble pourtant avoir pris un léger retard…

L’ensemble de son propos hier soir fait du bien au parti socialiste et fait du bien à la gauche.. Il fait du bien à la politique, car c’est aussi une reprise en main de l’élu, pour lutter contre un ordre établi qui nous envoie mécaniquement dans le mur, si le politique n’agit pas et subit l’écume des jours, les dogmes budgétaires, inventés sur un coin de table il y a maintenant de nombreuses années.

Benoit Hamon est cohérent pour une raison simple.. Il n’a pas dévié de ses valeurs depuis 20 ans.. C’est aussi pour cette raison que de l’ensemble des candidat-e-s à la primaire, et aussi en comparaison de ce qui à gauche ou plus ou moins à gauche, tentent une aventure individuelle, individualiste et égotique, il est le seul à présenter des propositions éminemment concrètes sur chaque sujet. La cohérence appelle à ne pas construire ses propositions au fil de l’eau…

Ce qui fut également remarquable tient au fait que Benoit Hamon a proposé une vision de la société, une nouvelle approche, une doctrine en somme, tout en déclinant les propositions précises qui vont avec.

En effet, il part du constat que notre unique horizon de croissance du PIB ne sert en réalité qu’une classe et qu’une caste, et que ce dogme budgétaire, comme d’autres règles édictées il y a longtemps et presque au hasard doit se substituer à une autre aspiration collective. Et notamment celle d’une conversion écologique de notre développement économique… Le FMI et l’OCDE qu’on ne peut taxer de gauchisme exacerbée ne disent pas autre chose..

Contrairement notamment au candidat star du système hors primaire qui à chaque pas a tous les médias nationaux sur son pallier.. Benoit Hamon ne prône pas l’émancipation par le travail.. Y compris au regard de l’état de la souffrance au travail de millions de Françaises et de Français dans notre pays.. en terme de pénibilité, de précarisation, de maladies professionnelles etc.. Le nier, c’est être hors réalité.. Le nier c’est faire partie intégrante du système..

Revenu universel, partage du travail, lutte contre le burn out, renforcement de l’économie solidaire, santé et environnement, redistribution des richesses, lutte contre les discriminations, police de proximité, service public de la petite enfance, sanctuarisation de l’éducation, solidarité européenne etc… Pour chacune de ses thématiques, et pour toutes les autres, le développement de Benoit Hamon est clair, précis et ancré à gauche. Nous aurons le loisir d’en débattre partout où il sera possible tout le mois de janvier..

Il y aura toujours un économiste pour vous expliquer que c’est irréalisable ou iconoclaste… Comme si nous étions figés dans un système qui s’autoalimente en permanence et qui ne produit au final que toujours plus de précarité.. Heureusement que ces grincheux n’avaient pas pignon sur rue au moment du Conseil National de la Résistance et de la création de la sécurité sociale pour poser cette sempiternelle question du « combien ça coûte ».. Même si là aussi, Benoit Hamon donne les réponses.

N’oubliez pas que voter à la primaire de gauche coûte deux fois moins cher que voter à celle de la droite, et c’est deux fois plus important. Installons à gauche une alternative solide, cohérente et claire face à une droite totale. Projet contre projet.. Seule alternative pour ne pas baisser les bras et éviter ce qui serait soi-disant inexorable en terme de second tour. Rien n’est écrit, tout demeure à construire.

Primaire de la droite pour… la droite…

En ce jour de débat à droite, il est comme une urgence d’évoquer ici les raisons pour lesquelles, il est préférable de laisser la primaire de la droite et du centre (cette « variété molle de la droite » comme disait Mitterrand) à ceux qui aiment ça..

Si je perçois les motivations de l’électeur de gauche de se mêler de cette histoire pour, et c’est le plus couramment répandu, soit voter Juppé afin d’éviter le second tour Sarkozy-Le Pen, soit voter Sarkozy, se disant que c’est le seul qui peut permettre une victoire de la gauche, dans tous les cas, c’est me semble-t-il une bien mauvaise idée car :

Aller voter à la primaire de la droite et du centre, c’est donner sur deux tours 4 Euros à l’ancienne UMP, et ainsi renflouer les caisses d’un parti, qui a suffisamment joué avec l’argent du contribuable lors de la dernière campagne présidentielle. En effet, la primaire n’est pas que coûteuse pour ses organisateurs. Rappelons que les militants qui tiennent les bureaux sont bénévoles et la location des salles est souvent gratuite. Ainsi, la participation financière de l’électeur de la primaire si elle couvre les quelques frais engagés est surtout une opportunité financière pour les partis, ce que je ne condamne pas, mais en se pensant de gauche, je ne vois pas comment on peut ainsi financer le parti de « LR ».  A partir de 2 millions d’électeurs, ils rentrent dans leurs frais, le reste servira à la campagne présidentielle..

Les primaires ne sont pas le premier tour de la présidentielle. Le favori d’Octobre est très rarement celle ou celui qui accède au palais 6 mois plus tard.. Demandez à Raymond Barre, Lionel Jospin, Edouard Balladur et Ségolène Royal ce qu’ils en pensent.. Seul François Hollande a démenti la tradition.. Dans tous les exemples précédents, c’est donc d’autres candidat-e-s, que l’on pensait carbonisés qui ont su inverser la tendance. Aujourd’hui, la primaire de la droite focalise toute l’attention.. Celle de la gauche arrive fin Janvier, et avec elle toute sa dynamique. Le parcours des un-e-s et des autres d’ici le 23 Avril 2017 est encore long et semé d’embuches, plus particulièrement pour ceux qui tiennent le haut du pavé aujourd’hui.

C’est bien une feuille de papier à cigarette qui sépare l’ensemble des candidat-e-s à la primaire de la droite et du centre, ce qui vaut également pour les deux favoris, Juppé et Sarkozy. Si je peux comprendre que des réactions épidermiques parcourent l’échine de tout corps de gauche normalement constitué à la vue de l’ancien président de la république, il suffit de regarder dans un premier temps la stratégie de chaque candidat et dans un second temps les propositions du soi-disant nouveau che guevara de la droite Alain Juppé..

Il faut d’emblée comprendre que les deux favoris en question occupent d’abord et avant tout un espace politique. Sarkozy, avec sa campagne tout feu tout flamme droitise à outrance sa campagne pour attirer dans ses filets un électorat exaspéré, et potentiellement ultra-droitier, électeurs du front national. Ainsi, pour exister, Juppé joue la partition inverse, avec une campagne furtive, en feintant la modération et la distance, pour récolter de son côté les palmes des centristes (ce qui vient d’être fait avec l’UDI). Mais à peine élu, nous constaterons que l’un comme l’autre sortira de son espace stratégique actuel. En effet, Juppé devra reconquérir la droite dure et ainsi se droitisera, alors que Sarkozy devra être moins clivant et ainsi adresser des signes au centre, et sans se gauchiser, il calmera fatalement ses outrances. Ainsi, chacun dans leur déport respectif se rapprochera au final de ce qu’est un candidat de droite !!

Un petit détour par les propositions d’Alain Juppé permet de comprendre que son positionnement actuel est bien plus stratégique qu’idéologique. Car il y a ce qu’il dit mais surtout ce qu’il dit moins… Seuils sociaux (droit des salariés) bloqués pendant 5 ans, sortie des 35H00, retraite à 65 ans, alignement des retraites du public sur le privé, suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), plafonnement des aides sociales, maintien du nucléaire, diminution de 300 000 postes de fonctionnaires, dégressivité de l’allocation chômage, facilitation de la procédure de licenciements…

Bref, on lève l’impôt de la richesse, en faisant les poches de celles et ceux qui abusent bien sur abondamment de l’aide sociale.. Un grand classique.. Robin des Bois a lui aussi fait sa mue capitalistique..

Et puis, n’oublions que le chef actuel de Juppé, Sarko et compagnie s’appelle en ce moment Laurent Wauquier.. Vous savez, celui qui veut entrer en « résistance » avec son refus d’accueil de 1800 réfugiés dans sa région de près de 8 millions d’habitants, la deuxième plus riche de France.. Son comportement sur cette question est exactement le même que celui du maire de Béziers…

Bref, la primaire de la droite ne me semble pas être l’affaire de celles et ceux qui se pensent de gauche. Y participer est un véritable signal de défaitisme, car si nous avons, ne nous en cachons pas nos propres turpitudes, regarder leurs propositions se fait se sentir plus que jamais de gauche..

Encore et toujours…

La surenchère Tatcherienne de la droite française est.. « en marche ».. et ce n’est que le début..

Trois exemples précis :

Tout d’abord, l’économie de 100 Milliards d’Euros (ou 85 selon le candidat de droite concerné) sur les dépenses publiques, tout en supprimant l’impôt sur les grandes fortunes (plus de 5 milliards de recettes en 2015 pour l’état), vont avoir comme conséquence directe et mécanique de baisser encore plus le concours financier de l’état au travers de la dotation globale de fonctionnement à l’ensemble des collectivités territoriales dans tout le pays.

Pour le dire autrement et plus simplement, si les collectivités dépendent en partie de l’état, de nombreuses associations dépendent de ces mêmes collectivités. Autant dire qu’il s’agit ici du lien social du quotidien à travers le maillage associatif sportif, culturel, socio culturel qui sera attaqué et même en péril.

Ensuite, la réduction (proposée encore aujourd’hui par un candidat à la primaire de « LR ») d’un fonctionnaire sur deux « même » au sein des collectivités territoriales attaque au cœur la solidarité entre les citoyens et les territoires. Dans un conseil départemental, par exemple, de telles mesures, à la Protection Maternelle Infantile (PMI), dans les services Enfance / Famille, Personnes âgées, Personnes en situation de handicap, jeunesse, insertion etc..  sans parler bien sûr de l’aide aux entreprises, à la pêche, à l’agriculture aura des conséquences désastreuses sur le service rendu au public. Nombre de ces services fonctionnent déjà à flux tendu et des mesures si radicales viendront précariser encore plus les précaires.

Enfin, le risque est évident de diviser le pays en fustigeant systématiquement une catégorie : Le discours de la droite cassoulet sur le RSA, laissant à penser qu’une majorité écrasante ne fait que profiter du système ainsi que la dégressivité de l’allocation chômage consiste à s’en prendre toujours aux mêmes.. Ce qui dans le même temps revient à ne surtout pas toucher aux amis du Fouquet’s.. C’est ici acte de constance dans le paradigme qui attaque systématiquement celui ou celle qui est juste en dessous, pensant que si celui-ci vit moins bien, c’est tous les autres qui vivront mieux.. Au-delà de flatter certains bas instincts, c’est bien la démagogie et la caricature qui s’imposent.

A gauche, nous ne pourrons nous contenter de faire peur avec cette droite ultra ultralibérale. Pour le moment, alors que tous les candidat-e-s à la primaire de la gauche ne sont pas connu-e-s, et qu’il paraît sage, pour un choix éclairé d’attendre la liste finale des candidat-e-s, qui sera définitivement connue le 15 décembre, il nous faudra un projet crédible, précis et ancré à gauche. Si comme la plupart de mes camarades, j’attendrai au moins le 15 Décembre pour me prononcer, certaines propositions notamment de Benoit Hamon me semblent pertinentes et crédibles, entre par exemple le revenu universel d’existence, la réduction du temps de travail pour le bien-être au travail et la lutte contre le chômage, la reconnaissance du vote blanc, un parlement simplifié, qui peut contrôler l’action de l’exécutif etc..

A 231 jour du premier tour de la présidentielle, nous sommes à un tournant de ce qui doit faire France, car l’offre politique sera très claire et contrairement à une pensée répandue, le clivage gauche droite est et sera particulièrement prégnant. Notre réponse doit elle aussi être claire et sans faille, face à une droite qui agite avec frénésie le chiffon de la peur, de la haine, de la division, en pensant que la question identitaire doit primer sur la question sociale. De telles mesures, comme exposées au début de ce propos, peuvent demain affaiblir ce qui fait la force et justement l’identité de la France, à savoir la pensée des lumières, avec comme piliers la tolérance, la liberté et l’égalité.

Face au danger de mort nationaliste d’une part et la surenchère identitaire et libérale d’autre part, c’est bel un bien une véritable œuvre de fraternité sur laquelle nous allons devoir travailler, avec bien sur des déclinaisons concrètes pour démontrer que la France non seulement n’est pas en panne, ne doit pas se replier sur elle-même, mais doit avancer, encore et toujours.